Université de Perpignan. Des repas chauds distribués chaque vendredi

 Université de Perpignan. Des repas chauds distribués chaque vendredi

Distribution de repas par des membres du collectif « La Cuisine des Mamas » aux étudiants devant l’Université de Perpignan. Photo : DR

Lydia Rabehi est membre du collectif « La Cuisine des Mamas ». Chaque vendredi, le collectif distribue des repas chauds aux étudiants de l’Université de Perpignan. Retour sur cette initiative.

 

LCDL : Comment est née l’initiative ?

Lydia Rabehi : Un peu par hasard. Il y a quelques semaines, je suis partie donner des chaussures à une dame qui s’occupait de récolter des affaires pour les plus démunis quand m’est venue cette idée. À Perpignan, comme ailleurs, les étudiants sont les grands sacrifiés de la pandémie. J’ai alors appelé des copines et nous nous sommes mises chacune de notre côté à préparer des repas. Il n’y a pour l’instant que des femmes dans notre collectif. Sans faire de généralités, ce sont souvent les femmes qui se bougent pour les autres.

Donc, il y a un mois, le vendredi vous êtes arrivées avec vos repas devant l’Université de Perpignan…

Effectivement, on a pu s’installer sur le parking du Leader Price. Le gérant du magasin a été très vite sensible à notre action. Enormément d’étudiants viennent faire leurs courses chez lui. Le premier vendredi, on a offert 90 repas. Et on a très vite compris qu’il allait falloir augmenter les « doses » mais aussi que ça allait être compliqué pour nous de gérer tout ce flux. J’ai donc contacté des restaurateurs et des associations en leur demandant s’ils pouvaient nous aider. Et bingo : un restaurant nous prépare 30 plats chaque vendredi. Ce soir, un autre viendra nous délivrer 50 burgers frites. En plus de cela, il y a des pizzas végétariennes. Nous avons même un agriculteur qui nous donne chaque semaine 40 kilos d’orange Bio.

Comment se passe la distribution ?

Dès 15h30, il y a une longue file d’attente. Depuis le début de la pandémie, les étudiants se paupérisent. L’immense majorité ne peut plus travailler. Malgré la précarité, cela ne les empêche pas d’être solidaire entre eux, certains viennent prendre un repas pour leur camarade bloqué en cours. Les étudiant arrivent gênés, la démarche est dure pour eux, demander de l’aide pour la première fois n’est pas chose facile. Nous avons installé un accueil, ce qui nous permet d’échanger avec eux. Comme notre démarche est écologique, nous les incitons à venir avec un récipient et on remplit leur gamelle !

Vous êtes assez remontée face aux politiques…

Aucun politique, de droite comme de gauche, ne s’est déplacé pour apporter leur soutien aux étudiants. Nous avons une université qui est installée sur une ville, sur un département, sur une région et rien ne se passe ! Comment peut-on laisser crever des étudiants ? Même l’université semble être dans le déni. Les responsables politiques vont-ils s’occuper de tous ces étudiants ? On est passé en quelques semaines de 90 à 150 personnes. Ce soir, je suis sûre qu’il y aura plus de monde.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.