« Avant la Shoah, la majorité des Juifs s’opposait au sionisme », Michel Warschawski, militant pacifiste israélien

 « Avant la Shoah, la majorité des Juifs s’opposait au sionisme », Michel Warschawski, militant pacifiste israélien


Michel Warschawski est un journaliste et militant pacifiste d'extrême gauche israélien. Il a passé son enfance à Strasbourg. 


LCDL : Vous êtes très remonté contre le parlement français…


Michel Warschawski : Effectivement. Le parlement français a pris il y a quelques semaines une décision qui n’est pas seulement lourde de conséquences sur la liberté d’expression dans ce qui a été, il y a longtemps, le pays des Lumières, mais surtout a montré à quel point, dans ce pays, l’histoire peut être manipulée, le langage vidé de son sens et l’antisémitisme instrumentalisé.


Je parle de la résolution votée début décembre à l'Assemblée nationale qui définit l’antisionisme comme une forme d’antisémitisme. 


Qu’il y ait des antisémites qui tentent de cacher leur racisme derrière le label "antisioniste", nul ne peut le nier, et ce sont précisément les antisionistes progressistes qui mènent systématiquement la bataille contre ces antisémites (et tous les autres)… alors que Netanyahou et ses sbires en France ferment souvent les yeux sur le racisme anti-juif de certains de leurs alliés, comme l’extrême droite républicaine états-unienne ou le régime en place en Hongrie, pour ne citer que ces deux-là.


Vous vous définissez comme juif, israélien et antisioniste…


Oui, n’en déplaise aux parlementaires français : je suis juif, israélien et antisioniste.


Le sionisme est une idéologie qui prône la colonisation de la Palestine pour y créer un État pour les Juifs. On a le droit d’être pour, d’être contre, d’y être indifférent ; on peut prôner un sionisme socialiste ou un sionisme libéral, un sionisme du "petit Israël" ou un sionisme de conquête coloniale permanente.


Être antisioniste c’est être contre la légitimité de la colonisation de la Palestine, contre l’idée d’un État Juif, contre les lois qui constitutionalisent la suprématie juive en Israël…


Vous dites aussi que l’antisionisme est historiquement un concept juif…


Oui. C’est au sein des communautés juives que s’est développé un mouvement qui a rejeté, au tournant du siècle précédent, l’idéologie et le mouvement sionistes.


Jusqu’au génocide des Juifs d’Europe, ce rejet était largement majoritaire : les organisations ouvrières (NDLR : Bund et socialistes) étaient opposées au sionisme, ainsi que la grande majorité des Juifs pratiquants. Autant dire plus de 90% des Juifs d’Europe de l’Est.


En Europe occidentale aussi, la majorité des Juifs s’opposaient au sionisme, craignant qu’il ne remette en question les droits civiques qu’ils avaient chèrement conquis.


Quant aux Juifs du monde arabe, ils n’en avaient même pas entendu parler ! 90% des Juifs étaient-ils donc antisémites ?


Pour vous, ce débat doit rester un débat israélo-israélien…


En effet. Le Parlement français n’a pas à intervenir dans un débat historique, quel qu’il soit, pas plus qu’il a le droit d’interférer dans le débat citoyen israélien. Assez de l’arrogance française !


Le Parlement français s’est déshonoré en traitant d’antisémites des millions de Juifs qui, avant d’être exterminés par Hitler, ne partageaient pas l’idéologie sioniste, et des dizaines de milliers de Juifs israéliens qui rejettent aujourd'hui cette idéologie et cette pratique.


 


 

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.