8 ans après, les « maraudes Banlieue Plus » sont toujours au rendez-vous

 8 ans après, les « maraudes Banlieue Plus » sont toujours au rendez-vous

Les maraudeurs de l’association Banlieue Plus


Dimanche 2 juin, 14h, il fait plus de 30 degrés. Dans une salle, à quelques mètres de la gare du Blanc-Mesnil (93), une vingtaine de bénévoles (autant de femmes que d’hommes) de « Banlieue Plus » s'activent pour préparer les 130 repas qui seront distribués un peu plus tard dans la journée, à Paris aux sans domiciles fixes. 


Ce dimanche, il y a quatre nouvelles recrues. « Ça faisait longtemps que je voulais participer à une maraude. Ma sœur en avait déjà fait une, alors je me suis laissée tenter », explique Fily, originaire de Gennevilliers (92). « Donner un peu de temps pour ceux qui en ont besoin, c’est nécessaire surtout en ce moment où la pauvreté est partout », embraie cette  gestionnaire en administration des ventes.


Une des taulières de l’association, Saliha Chetouani est ravie de voir que l’aventure continue huit ans après le lancement de la première maraude. « Il y a toujours des bénévoles qui répondent à nos appels, hiver comme été », se félicite la jeune femme. L'association fonctionne grâce aux dons. « Nous ne recevons aucune subvention. Et je dois dire que les gens sont très généreux », détaille, ravie, Saliha.  


15h30, c’est l’heure du briefing. Les bénévoles, tous issus de quartiers populaires, récupèrent les chasubles «Banlieue Plus».  Puis, Saliha les remercie d’être venus « malgré le beau temps ». « Vous auriez pu profiter de cette belle journée », lâche-t-elle avant de se lancer dans un long discours : « rares sont les SDF qui meurent de faim à Paris. Beaucoup d’entre eux ont du mal à se déplacer aux points de distribution, voilà pourquoi nous allons vers eux. Pendant nos maraudes, on ne distribue pas uniquement des repas, on doit prendre le temps de dialoguer avec eux.  Leur parler, les écouter car les SDF souffrent de l’isolement. Certains d’entre eux ont besoin de nous expliquer pourquoi ils en sont arrivés là », rappelle Saliha. 


La responsable associative insiste aussi longuement sur l’importance de « donner à tous, sans distinction de race, de religion ou de sexe ». « On a eu des bénévoles qui étaient réfractaires aux Roms, par exemple, et ça, ce n’est pas acceptable. Nous ne sommes pas une association communautaire. Nous donnons à tous ceux qui sont dans le besoin », martèle-t-elle. 


16h, il est temps d’embarquer. La distribution se fait toujours à Paris avec les véhicules des bénévoles, par petits groupes. Chacun a son secteur. « Il y a très peu de SDF en banlieue », dit Saliha. « Merci de respecter le code de la route et garez vous correctement », demande  juste avant de partir, la taulière. 


Avant d’arriver à Gare de Lyon la destination finale, à l’entrée du périphérique à Porte de Montreuil, Abdel Lebda, l’un des bénévoles historiques de l’association décide de s’arrêter sur le bas-côté. Une dizaine de sans-abris sont assis à côté de leurs tentes. Leurs visages s'illuminent en voyant arriver les bénévoles. 


 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.