« Ces images m’ont renvoyée aux heures les plus sombres », Flore, prof d’histoire à Mantes-la-Jolie

 « Ces images m’ont renvoyée aux heures les plus sombres », Flore, prof d’histoire à Mantes-la-Jolie


Flore qui souhaite garder l'anonymat est professeur au lycée de Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie. Plusieurs de ses élèves ont été arrêtés ce jeudi 6 décembre par la police. Des images de leur interpellation qui ont fait le tour de la France et qui ont indigné nombre de personnes. Nous l'avons rencontrée aux abords du lycée. Émue, elle nous fait part de ce ressenti.


Quelle a été votre première réaction en voyant cette vidéo ?


Comme j'ai su que c'était vrai, j'ai reconnu tout de suite les lieux, j'étais secouée, blessée, choquée. J'ai versé des larmes. Comme je suis prof d'histoire, ces images m'ont renvoyée aux heures les plus sombres.


Comment vous sentez-vous aujourd'hui ?


C'est un mélange de tristesse et de colère. Tristesse parce que ce sont des jeunes qui ont subi ce traumatisme, et aussi parce que certains sont mes élèves. Au moment de regarder la vidéo, je ne savais pas qu'ils en faisaient partie. Je me demande comment ils vont s'en remettre. Je m'inquiète pour l'après.


Je suis en colère parce qu'encore une fois ce qu'on va retenir de notre ville et de notre jeunesse, c'est l'image des quelques casseurs. De fait, ça annule tout le travail pédagogique et la confiance que nous avons réussi à construire avec les élèves toutes ces années. Je ne suis pas en colère contre la police mais en colère contre le policier qui tient des propos intolérables face à ces jeunes à genoux (NDLR : « Voilà une classe qui se tient sage », « Je pense qu’ils n’ont jamais vu ça », « On lève pas la tête on regarde droit devant » ) .


Que comptez-vous faire ?


Collectivement, entre enseignants, on réfléchit à l'après. On veut pouvoir échanger avec nos élèves, expliquer, rassurer et surtout les écouter. On sait que la tâche va être difficile. Ça va être compliqué de rétablir une confiance entre nos jeunes et nos institutions, entre nos jeunes et la police.


Lien vers la vidéo filmant l'arrestation des élèves du lycée de Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie ici.


 


 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.