Eure. Les Gilets jaunes bloquent une entreprise parce qu’elle emploie des étrangers

 Eure. Les Gilets jaunes bloquent une entreprise parce qu’elle emploie des étrangers

Illustration – ROMAIN LAFABREGUE / AFP


Après avoir remis il y a quelques jours aux gendarmes des migrants qui étaient cachés dans un poids lourd, des gilets jaunes ont bloqué ce samedi 24 novembre les camions de l'entreprise Rayan-S installée à Brionne, dans l'Eure, car elle embauche des étrangers. L'un des manifestants a même menacé d'incendier la société, comme le relatent nos confrères de France Bleu.


Hamid Kerkouche dirige cette entreprise de bâtiment. Grâce à un partenariat avec la préfecture, il a embauché trois jeunes migrants sur ces différentes sociétés, dont un à Brionne. Vers 6h, ce samedi, des gilets jaunes ont débarqué dans son dépôt pour empêcher ses camions de partir, prétextant que cette société embauche des migrants. Selon France Bleu, agacé, le chef d'entreprise aurait forcé le passage et la situation se serait alors envenimée. 



Heureusement que les choses ont fini par se tasser. Hamid Kerkouche a fini par discuter avec certains gilets jaunes. Il raconte : "Ils nous en veulent d'avoir embauché des migrants. Pour les gilets jaunes, ces migrants ont pris leur place. Il y a un petit jeune qui est allé très loin et qui m'a dit : 'On est en guerre civile, on est à deux doigts de brûler votre société'."



Chez les gilets jaunes, on assume ce qu'il s'est passé. "Moi je valide ce motif de blocage, au même titre que le blocage d'un chauffeur polonais. Ce qui lui est reproché sur le rond-point, c'est qu'il n'embauche que des Roumains, et les gens de Brionne qui veulent travailler et qui lui déposent un CV, pas question. Le problème c'est qu'il se fait du fric sur de la main d'œuvre pas chère", explique à France Bleu Gilles Dieu, l'un des fondateurs du mouvement gilets jaunes à Brionne. Ce dernier n'était pas présent au moment de l'altercation, mais confirme la tension depuis le début du mouvement le 17 novembre 2018 entre les gilets jaunes et l'entreprise d'Hamid  Kerkouche.



"J'ai dit aux gilets jaunes : 'si vous cherchez du travail pourquoi vous ne venez pas me voir ?' Que ce soit eux ou des migrants, toutes les personnes qui veulent travailler sont les bienvenues. J'ai une annonce en continu chez Pôle Emploi parce que je ne trouve pas de salarié aujourd'hui dans le bâtiment. Il n'y a plus personne qui veut travailler dans le bâtiment.", se défend le dirigeant. 



Les gilets jaunes ont fini par ouvrir le passage pour que les camions partent.



"Mais quand j'ai vu la haine qu'ils avaient, j'ai eu peur. Et je me demande si je vais rester à Brionne", confie-t-il. Hamid Kerkouche est allé à la gendarmerie pour porter plainte mais les forces de l'ordre ont refusé de la prendre.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.