Palestine. Airbnb se retire des colonies israéliennes

 Palestine. Airbnb se retire des colonies israéliennes

JOEL SAGET / AFP


C'est une nouvelle qui a mis en colère les autorités israéliennes. La plateforme de réservation de logements en ligne Airbnb a annoncé lundi 19 novembre qu’elle renonçait à faire des offres dans les colonies israéliennes de Cisjordanie occupée, provoquant des menaces de sanctions de la part d’Israël.


Depuis 1967, la Cisjordanie est occupée par l’armée israélienne. Les colonies qui y sont construites par Israël sont illégales au regard du droit international. Elles sont vues comme l’un des principaux obstacles à la paix. Le gouvernement israélien conteste cette vision.


« Nous avons conclu que nous devrions retirer de nos listes les logements dans les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée qui sont au cœur de la dispute entre Israéliens et Palestiniens », a indiqué dans un communiqué Airbnb.


« Nous savons que des gens vont être en désaccord avec cette décision et nous respectons leur perspective. C’est une question controversée », a-t-il été ajouté.


La plateforme indique que 200 logements sont répertoriés dans les colonies, mais ne précise pas quand cette mesure entrera en vigueur.


Le ministre israélien du Tourisme Yariv Levin a immédiatement dénoncé dans un communiqué la décision « honteuse et malheureuse » d’Airbnb. « Notre ministère a commencé à préparer des mesures immédiates pour limiter les activités d’Airbnb » en Israël.


Il a ajouté qu’il comptait lancer un programme pour encourager la location de courte durée de logements dans les colonies de Cisjordanie.


Le ministre de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, a appelé tous « ceux qui sont affectés d’envisager de porter plainte contre Airbnb », en se basant sur une loi israélienne contre le boycott de l’Etat hébreu.



Le conseil de Yesha, la plus importante organisation de colons, a également critiqué la décision d’Airbnb, « résultat ou de l’antisémitisme ou de la reddition au terrorisme ou des deux. Airbnb est devenu un site politique ».



Le diplomate palestinien, Saëb Erakat, a en revanche estimé dans un communiqué que la décision d’Airbnb « constitue un première étape positive ».



« Il était crucial qu’Airbnb se conforme au droit international selon lequel Israël est une puissance occupante et que les colonies de Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, sont illégales et constituent un crime de guerre », a ajouté M. Erakat.



« Nous réitérons notre appel au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU à rendre public la base de données concernant les entreprises qui profitent de l’occupation israélienne », a-t-il ajouté.



L’ONG Human Rights Watch (HRW) a indiqué qu’elle allait rendre public, mardi, un rapport intitulé « Bed and Breakfast en terre volée » pour dénoncer les activités d’Airbnb dans les colonies.



Arvind Ganesan, un responsable de cette ONG, a estimé que la décision d’Airbnb est une « importante reconnaissance » du fait que de telles activités ne « cadrent pas avec ses responsabilités en matière de droits de l’homme ».


« Depuis deux ans, HRW parle avec Airbnb au sujet de ses activités liées aux locations dans les colonies de Cisjordanie qui sont illégales du point de vue du droit humanitaire international et dont l’accès est interdit aux Palestiniens », a-t-il ajouté.


Les Palestiniens avaient menacé en 2016 de poursuive Airbnb pour ses activités en Cisjordanie en accusant le site de proposer à la location des logements situés dans des colonies et de les présenter comme localisés en Israël.


La plateforme Airbnb, basée aux Etats-Unis, avait alors réagi en affirmant « respecter les lois en vigueur là où (elle) opère et enquêter sur des inquiétudes soulevées au sujet de certains référencements ».

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.