L’école est finie ?

 L’école est finie ?

crédit photo : Cadalpe/Image Source/AFP


“L’école républicaine, c’est fini. Ils vont tous dans le privé !” C’est la mort dans l’âme que cette professeure dans le public, fille et petite-fille d’instituteurs fait ce constat. A l’aune du XXIe siècle et du tout numérique, l’acquisition de connaissances est révolutionnée. Du coup, on est prêt à tout (nouvelles méthodes d’apprentissage, école confessionnelle, école privée, etc.), et souvent en “taclant” fort le système public jugé moribond.


Aussi, remettons les pendules à l’heure. Contrairement à bon nombre de pays occidentaux, notre école est gratuite, laïque et surtout obligatoire jusqu’à 16 ans. La France possède toujours un système éducatif de haut niveau (stable sur les sciences et en progression sur la compréhension de l’écrit). On peut s’en féliciter. Ce qui cloche avec le “Mammouth” – comme l’appelait l’ancien ministre, Claude Allègre –, c’est qu’il laisse certaines de ses ouailles au bord du chemin. Et ces oubliés sont généralement issus des catégories sociales défavorisées. Un élève pauvre sur six décroche au collège. Et le système est encore plus discri­minant pour les enfants issus de l’immigration. Et pourtant, des solutions existent. Le collège Jean-Renoir à Bourges en est une belle illustration.


 


“Doit mieux faire !”


François Hollande avait promis de mettre des moyens. Emmanuel Macron, lui, entend “exploser” le modèle français et son nouveau ministre, Jean-Michel Blanquer, souhaite en faire l’étendard d’un modèle néolibéral (bilans personnalisés, stages de remises à niveau, réforme du bac, etc.). Une école articulée autour de l’autorité, l’autonomie, les fondamentaux et la hiérarchisation, avec une forte mobilisation des chefs d’établissements. Un système qui risque fort d’entraîner un tri encore plus prématuré des élèves.


L’école républicaine est pointée du doigt, souvent à tort, parfois à raison. Une mise au point est nécessaire sur les rythmes scolaires, la théorie du genre ou sur la supposée meilleure qualité du privé. Un secteur qui attire de plus en plus d’élèves, notamment avec la multiplication des établissements musulmans. Plus de 80 écoles ont vu le jour depuis 2001 – à Lille ou à Décines, près de Lyon (avec des résultats avoisinants les 100 % de réussite au bac) –, mais elles sont confrontées à d’importantes difficultés ­financières faute de subventions publiques (seuls 5 % d’entre eux en bénéficient, contre 90 % des établissements catholiques ou juifs).


Il serait bon de s’inspirer de l’exemple finlandais où le système de notation n’existe quasiment plus. Avec un budget quasi identique à celui de la France (5,7 % du PIB), la Finlande a réussi là où nous calons, c’est-à-dire à mettre l’élève au cœur d’un jeu de connaissances. Pour Idriss Aberkane, le célèbre professeur de neurosciences, il nous faut piocher, collaborer et ­devenir plus autonome pour réussir notre parcours scolaire.


L’éducation publique est souvent vue comme une entité qui a du mal à reconnaître les particularismes. C’est vrai en ce qui concerne la prise en charge des enfants souffrant de troubles de l’apprentissage (entre 8 et 10 % des élèves). Ça l’est aussi lorsqu’il s’agit de combattre la violence à l’école (1 enfant sur 10 est victime de harcèlement). Enfin, que dire à ces générations qui vivront dorénavant avec le terrorisme au quotidien ?


L’école publique est le fondement de notre société républicaine. Il dépend de nous de la réformer et de corriger ici et là, les affres de notre société moderne devenue plus individualiste et moins égalitaire.


L’école est finie ? Nous pensons plutôt qu’elle “doit mieux faire”.


 


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MAGAZINE SEPTEMBRE 2017

Yassir Guelzim

Yassir GUELZIM

Journaliste, auteur et réalisateur, Yassir Guelzim évolue depuis plus de vingt-cinq ans entre presse écrite, radio, télévision et documentaire. La constante de son parcours : décrypter les dynamiques politiques, les sociétés en mouvement et les fractures du monde contemporain.Collaborateur du courrier de l'atlas depuis 2017, il a également travaillé en tant que journaliste à LCI pendant près de quinze ans mais aussi France 3, RMC Moyen-Orient–RFI, France Inter et France Culture, couvrant notamment les élections marocaines de 2002 et de nombreux enjeux liés au monde arabe et à l’espace méditerranéen.Son travail s’est progressivement étendu à l’écriture et à la réalisation documentaire. Co-auteur et co-réalisateur de L’Archipel des Français Libres (France 5, 2021), il explore les mémoires maritimes et les trajectoires méconnues de l’histoire française. L’ouvrage tiré du film reçoit une mention du jury du Prix Étienne Taillemite en 2023. En 2024, il signe également La Prohibition Américaine, une aubaine française, diffusé sur France 5 dont un ouvrage aux éditions Mon Autre France sortira en octobre 2026.Fondateur de la société Mediterranean Press TV News Production, qu’il dirige pendant dix ans, il produit des reportages et documentaires diffusés sur Arte, France 24, Al Jazeera ou Sky News Arabic.Diplômé du département de Sciences Politiques de Paris La Sorbonne et de l'Université de sciences économiques de Montpellier I, Yassir Guelzim conjugue regard analytique, rapport économique et exigence narrative. Spécialisé sur l'économie, il peut aussi traiter de questions politiques, géopolitiques ou sociétales. Ses articles et interviews interrogent les rapports de pouvoir, les identités politiques et les mutations géopolitiques, avec une attention particulière portée sur le Maroc, l'Afrique, le Proche-Orient et les sociétés méditerranéennes.