« Cette élection doit être invalidée », Farida Amrani et Ulysse Rabaté, à propos de l’élection de Manuel Valls

 « Cette élection doit être invalidée », Farida Amrani et Ulysse Rabaté, à propos de l’élection de Manuel Valls

La candidate de la Coalition d’extrême gauche de France Insoumise dans la 11ème circonscription du département de l’Essonne

 

Au rythme où va la vie, certains ont déjà oublié ce qu’il s’est passé au soir du second tour des élections législatives dans la 1ère circonscription de l’Essonne. Farida Amrani, candidate « défaite » de la France insoumise et Ulysse Rabaté, son suppléant, eux, s’en souviendront, encore très longtemps. Ils ont fait trembler jusqu’au bout l’ogre Valls. 

 

Il est 20h30 ce dimanche 21 juin quand les premiers résultats commencent à tomber. Ils sont plutôt encourageants pour le duo, regroupé avec quelques soutiens dans leur QG, un petit troquet pas très loin de la gare de Corbeil, un lieu que les journalistes ont décidé de déserter.

 

Ils ont préféré la mairie d’Evry où Manuel Valls, sûr de sa victoire, a prévu de faire son allocution dès 21h15. Les minutes défilent : Farida et Ulysse commencent sérieusement à croire en l’exploit. Celui de renvoyer dans les oubliettes de l’histoire politique l’ancien Premier ministre, vieux briscard de la politique, cumulard de son état.

 

Il faudra attendre finalement 22h pour que l’ancien socialiste se montre à la mairie d’Evry. Entouré de ses soutiens, visage fermé, il annonce qu’il a gagné. Mais déjà, ses deux adversaires contestent le scrutin. Bien décidés à se battre jusqu’au bout pour faire rejouer l’élection.

 

LCDL : Comment vous sentez-vous ? 

 

Plutôt bien. Un peu fatigués. La campagne a été longue. Il est temps de prendre du recul sur ce que nous avons réalisé, de remercier ceux qui y ont contribué. Et nous  serons de retour à la rentrée. Il y a encore de nombreuses luttes à mener, tant au niveau local que national.

 

L’élection s’est jouée à pas grand chose….

 

Mais ce n’est pas fini ! Nous avons déposé un recours devant le Conseil constitutionnel. Notre avocat ne nous aurait pas suivi si nous n’avions pas autant  d’éléments probants pour faire invalider cette élection. La décision devrait être rendue dans les six mois, peut-être un peu avant…

 

Croyez-vous sincèrement que le Conseil constitutionnel présidé par Laurent Fabius, ex-Premier ministre socialiste, va invalider l’élection d’un ancien Premier ministre socialiste ?

 

Je ne connais pas les liens entre Manuel Valls et Laurent Fabius qui bien entendu, n’est pas le seul à décider. En essayant de prendre un peu de recul, c’est vrai que c’est sans doute plus arrangeant d’avoir un ancien Premier ministre au Parlement qu’une députée France Insoumise, mais je veux croire en l’équité du Conseil constitutionnel et au vu du dossier que nous leur avons présenté, nous avons toutes nos « chances ».

 

Êtes-vous déçus ?  

 

Pas vraiment. Nous sommes fiers de ce que nous avons accompli. A une période où de moins en moins de personnes croient en la politique, ce que nous avons réalisé a permis de redonner espoir à beaucoup de gens. On a montré  que tout est possible et que quand le peuple se soulève, tout peut arriver. Au début de la campagne, qui aurait pu imaginer que nous étions en mesure de battre Manuel Valls sur ses terres, lui, qui dispose dans l’Essonne d’un solide réseau ?

 

Deux « inconnus » ont fait trembler un ancien Premier ministre. Quoi qu’il arrive, pour nous, c’est une victoire. Les électeurs ont bien compris que nous sommes des gens normaux, que nous avons un métier, que nous sommes donc plus en mesure de comprendre leurs réalités. Nous avons pris trois semaines de congé, un crédit pour financer cette campagne. Nous ne sommes pas des pros de la politique. On a tout donné. Il n’y a aucun regret à avoir.

 

Le soir du second tour, avez-vous le sentiment d’avoir commis des erreurs ?

 

Non. Nous avons fait avec les moyens dont nous disposions. Nous avions besoin de 80 assesseurs bénévoles et au total, il nous en a manqué cinq. Comme dans certains endroits à Evry mais pour nous, sur le papier, ce n’était pas ceux qui présentaient le plus de problèmes. Manuel Valls, lui, a fait appel à des agents municipaux qu’il a pu payer. Forcément, il a pu en mettre partout….

 

Pour vous, il ne fait aucun doute : l’équipe de Manuel Valls a triché ? 

 

Nous le répétons : cette élection ne s’est pas déroulée normalement.  Elle doit donc être invalidée. Avant le dépouillement des quatre derniers bureaux de vote d’Evry, nous avions 110 voix d’avance. Comme par hasard, ces résultats sont arrivés en dernier. Et nous finissons par perdre avec 139 voix d’écart… alors que nous étions partout ailleurs à Evry au coude à coude. De nombreuses irrégularités ont été constatées dans plusieurs bureaux de vote. Manuel Valls a beau siéger à l’Assemblée, de nombreux électeurs nous disent qu’il ne les représente pas. Il y aura toujours des soupçons de fraude qui planeront dans son élection.

 

Et si le Conseil constitutionnel ne vous donne pas raison?  

 

Nous attendons sereinement sa décision et l’accepterons. Nos engagements ne se limitent pas à cette élection et encore moins à Manuel Valls. Quoi qu’il en soit, nous continuerons à lutter au quotidien auprès des habitants de l’Essonne, comme nous l’avons toujours fait et bien avant le début de cette campagne. Et puis, les élections municipales de 2020 arrivent à grands pas : nous avons ouvert des perspectives inédites avec cette campagne. Notre responsabilité, c’est de continuer. Dans nos villes, et au-delà.

 

Propos recueillis par Nadir Dendoune

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.