L’étrange disparition d’Arthur Angé au Bangladesh

 L’étrange disparition d’Arthur Angé au Bangladesh

Arthur Angé : architecte paysagiste français


Trois mois. Cela fait près de trois mois qu'Arthur Angé, un Français de 30 ans, originaire de l’Hérault, parti en octobre 2013 faire un tour du monde avec son sac à dos, n'a pas donné de signe de vie. La dernière fois, c'était le 27 janvier, Arthur avait appelé une amie alors qu'il se trouvait au Bangladesh. Sa cousine Maeva a accepté de répondre à nos questions.  


LCDL : Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de rendre publique la disparition d'Arthur ? 



Maeva : Arthur, qui se trouvait dans le sud du Bangladesh, voulait rejoindre une de ses amie en Malaisie. Comme il n'a pas réussi à trouver un bateau, il a décidé de s'y rendre par voie terrestre. Donc, on a attendu quelques temps pour qu'il nous contacte et cela n'est pas arrivé. C'est donc à ce moment qu'on a donné l'alerte.


Il n'est pas du genre à nous laisser sans nouvelles. Il n'a pas de téléphone, mais il se connecte à internet et chaque début de mois, il envoie un mail groupé à sa famille et à ses proches. Arthur a pu tenter de passer par une zone frontalière dangereuse, l’État Rakhine, ou Arakan, en Birmanie


Parlez-nous de votre cousin.


Arthur est quelqu'un de porté sur l'autre. C'est quelqu'un de très généreux. Après avoir décroché en 2013 un diplôme d'architecte paysagiste, il a décidé de partir pour un tour du monde.


Il a déjà exploré l'Europe de haut en bas. Il avait pour principe de ne jamais prendre l'avion ou le train, faire l'ensemble à pied ou en stop, en essayant de rencontrer le moins de touristes, le plus de locaux. Durant son périple, il a même déjà fait plusieurs kilomètres à cheval ou en âne. 



Que faites-vous pour le retrouver ? 


Énormément ! Tout ce que nous pouvons. Cela fait deux semaines que nous sommes mobilisés jour et nuit. Via une page Facebook et un compte Twitter, nous avons lancé un appel international à quiconque croiserait Arthur ces derniers mois. Nous avons eu quelques réponses mais rien de probant pour l'instant. Une personne l'aurait vu à Bali, une autre au Bangladesh. Nous demandons aux gens de se prendre en photo avec Arthur s'ils le croisent.


Nous avons également fait faire six affiches traduites en six langues différentes, que nous avons envoyé dans les pays concernés. Nous avons appelé des centaines d'hôpitaux, contacté l'armée, la police, les habitants, les médias, etc. Enfin, nous avons pris contact avec le ministère des Affaires étrangères, les ambassades du Bangladesh, d'Inde, de Birmanie, de Thaïlande et de Malaisie, mais nous n'avons pas l'impression pour l'instant que le cas de notre Arthur soit une priorité. 



En contrepartie, vous recevez énormément de soutiens de particuliers …


Oui. D'abord, les amis d'Arthur. Et ils sont nombreux. Mais aussi des tas d'anonymes qui se sentent concernés par sa disparition. Nous avons également été très touchés par l'aide proposée par Moussa, cet humanitaire qui avait été arrêté il y a quelques temps au Bangladesh. Il connaît bien le terrain. C'est tout cet élan de solidarité qui nous aide à tenir.   


Propos recueillis par Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.