Des SDF solidaires des réfugiés

 Des SDF solidaires des réfugiés




L’histoire fait plaisir et nous redonne un peu espoir dans ce peuple de France qu'on croyait perdu alors que la crise des réfugiés bat son plein. Elle commence dans une rue de Bordeaux, en Gironde, il y a quelques jours un peu par hasard, quand Pascal Pistone tombe nez à nez avec trois sans domicile fixe. 


 


 


Plutôt sociable, ce professeur de musique à la fac de Bordeaux engage alors une discussion avec ces sans-abris, tous « des Français dits de souche », précise ce dernier. « Depuis quelques jours, sur les réseaux sociaux, la fachosphère tente de monter les uns contre les autres. Pour eux, il faudrait d’abord aider les SDF avant de penser au cas des réfugiés. J'ai donc demandé à ces trois sans abris ce qu’ils pensaient de tout ça », explique Pascal, curieux de savoir quelle allait être leur réponse. Une réponse qui va le ravir…


« Les trois SDF étaient très en colère de voir que les xénophobes récupéraient leur détresse pour cogner sur d’autres gens en galère », explique Pascal. 

Les trois sans domiciles fixes rappellent surtout à leur nouvel ami que « ces mêmes extrémistes ne s’étaient jamais indignés de notre sort », ajoutant qu'ils étaient même les « premiers à nous traiter de fainéants et d'assistés », et «aujourd’hui, ils voudraient nous défendre ! », raillent les SDF.


De fil en aiguille, les quatre se demandent ce qu’ils peuvent faire de leur côté pour contrer « ces discours de haine qui nous font honte ». C’est alors qu’ils pensent à « prendre au mot ceux qui nous offraient leur aide ». Pascal Pistone rédige un message qu’il poste sur Facebook où il explique qu'Antoine, l'un des sans domicile fixe rencontré quelques jours plus tôt et ses amis « très touchés par la soudaine considération portée à notre égard », « s'engagent désormais à  venir camper chez ceux qui tiennent ce discours ».


En quelques heures, leur message est repris partout. « J’ai été surpris de voir l’immense vague de sympathie. Ca m’a réconcilié avec les réseaux sociaux », avoue Pascal, qui reçoit tous les jours des dizaines de messages de gens qui sont prêts à l’aider. Pascal et ses amis SDF n’iront pas camper chez les xénophobes, « ils pourraient sortir leur gros chiens et nous croquer vivant », plaisante le prof de fac. Mais d’autres idées ont germé depuis.


« Nous allons organiser une grande chorale où nous ferons chanter à la fois des SDF et des réfugiés », détaille Pascal. Mais ils aimeraient surtout mettre en place un dispositif, (en partenariat avec les associations), qui permettrait à chacun de pouvoir héberger, soit un SDF, soit un réfugié, pour une durée limitée. « Beaucoup veulent aider mais ils ont un peu peur d’avoir quelqu’un à la maison indéfiniment », explique Pascal. « Si chacun d'entre nous fait un petit effort en accueillant un SDF ou un réfugié quelques jours, on peut y arriver tous ensemble », conclut optimiste Pascal.


 


Nadir Dendoune


 
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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.