Coronavirus. Une infirmière virée de son logement par ses propriétaires

 Coronavirus. Une infirmière virée de son logement par ses propriétaires

Illustration – FREDERIC DIDES / HANS LUCAS VIA AFP


Melina a encore du mal à le croire. Mélina, 37 ans, infirmière anesthésiste au bloc opératoire et au service de réanimation de l’hôpital Lapeyronie à Montpellier a été  obligée de quitter le domicile de Montarnaud qu’elle louait comme le rapportent nos confrères de France Bleu Hérault.


Les propriétaires, qui vivent au premier étage, ne voulaient pas prendre le risque d'être contaminés. Et ce couple de 75 et 80 ans ont tout fait pour que Mélina craque. "Je me suis retrouvée à devoir quitter mon logement parce que mes propriétaires n'étaient pas d'accord que ma mère et ma fille viennent y vivre pour le confinement, explique Mélina. Après, c'est parti en insultes. Ils disaient qu'on ramenait le virus."


Des mots très durs, se plaint l'infirmière aujourd'hui : "La femme du couple de propriétaires m’a dit : ‘On s'en fout que vous mouriez du virus, du moment que vous ne mourez pas chez nous. Vous n'êtes pas de ma famille. Que vous l'attrapiez et que vous vous le transmettiez entre vous, ce n'est pas mon problème.’ Il y a ensuite eu les coupures d’eau et d’électricité." 


L’infirmière, qui devait dans le même temps "enchaîner des nuits interminables" au cours d’une semaine "hyper longue" où elle aura effectué "pas loin de 70 heures", finit donc par déménager.


Mais ça ne s’arrête pas là : les propriétaires ont promis d'envoyer la facture de la désinfection de l'appartement après le départ de Mélina et sa famille. "On n’est pas des blattes, ni des pestiférés, souffle l’infirmière héraultaise. Franchement, je vis un enfer !"


Aujourd'hui, la mère de Mélina est en Ehpad, le reste de la famille vit dans le studio de sa grande fille âgée de 20 ans à Montpellier. La soignante elle, loge dans un Airbnb. Un appartement qui lui permet de continuer à travailler sereinement, sans risquer de contaminer sa famille.


"On a fait face à de l'égoïsme, souffle avec recul Mélina. Pour moi, c’est de la peur que j'entends de la part de mes propriétaires. Mais ce n'est pas une raison d'agir comme ça.


Face aux nombreux exemples de soignants "stigmatisés" en pleine épidémie du coronavirus qui se multiplient, Mélina se dit consternée. "J’ai plein de collègues à qui il arrive pas mal de mésaventures et je trouve ça déplorable. La nuit dernière, j'ai encore un collègue qui s'est fait casser sa voiture. Si on était vraiment en guerre, mais vraiment totale, ce serait le chaos. Parce qu'au lieu de justement tous s'unir et d'être soudés, certaines personnes s’avèrent malsaines. Malheureusement."


Le procureur de la République de Montpellier a ouvert une enquête préliminaire. Interrogé par France Bleu Hérault, le maire de Montarnaud, Gérard Cabello, qui a découvert cette histoire dans la presse, s’est lui dit "catastrophé, consterné. C'est d'autant plus terrible qu'il s'agit d'une infirmière qui se bat tous les jours auprès des malades du coronavirus, à qui nous devons tout notre soutien".


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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.