Attentat de l’Hyper Casher : « Yohan était le frère de tout le monde »

 Attentat de l’Hyper Casher : « Yohan était le frère de tout le monde »

Yohan Cohen, 20 ans, habitant de Sarcelles (95). KENZO TRIBOUILLARD / AFP

La cour d’assises spéciale de Paris aborde depuis ce lundi 21 septembre, la prise d’otages de l’Hyper Casher, au cours de laquelle quatre hommes de confession juive ont été tués, dont Yohan Cohen, 20 ans, habitant de Sarcelles (95). 

 

Il est le premier sur lequel Amedy Coulibaly a tiré quand  le terroriste est entré ce 9 janvier 2015 dans le magasin de la Porte de Vincennes à Paris.

Toutee Inan est responsable associative à Sarcelles, ville où elle vit depuis 1997. Elle se souvient encore très bien de  Yohan Cohen quand il venait au cours de soutien scolaire dispensé dans l’une des maisons de quartier de Sarcelles où elle travaillait.

 

LCDL : Vous avez connu Yohan Cohen…

Toutee Inan : Je ne le connaissais pas de manière très intime mais je l’ai déjà rencontré plusieurs fois. Yohan était quelqu’un de réservé, d’assez calme. Quand il venait à la MJC pour l’aide aux devoirs, il était toujours très respectueux. Un adolescent très sympathique, très sociable.

 

Yohan a été tué parce que juif mais vous dites qu’à Sarcelles, les communautés s’entendent plutôt bien entre elles. 

Toutee Inan : Oui, oui. Nous n’avons pas de soucis entre « nous ». Ça se passe plutôt bien à Sarcelles. Toutes les communautés cohabitent assez bien entre elles. Yohan se mélangeait à tout le monde. Il avait des amis de toutes origines. Quand il est mort, on a tous été abattus.

Il y a quelques années, vous avez créé avec Hocine Radjai « Biblio’tess », un événement mensuel où vous invitez un auteur. Une rencontre qui a toujours lieu au « Fouquet’s de Sarcelles », un bar de quartier niché en plein coeur d’une cité. En juillet 2017, vous aviez invité Lassana Bathily (NDLR : un des héros de l’Hyper Casher)…

Lassana Bathily travaillait avec Yohan, il était très proche de lui. Alors, quand on lui a proposé de venir à Sarcelles, il a tout de suite accepté. Ensemble, on s’est dit qu’on allait faire d’une pierre deux coups. Parler de son livre et en même temps, faire de cette rencontre un événement pour rendre hommage à Yohan. C’était un moment mémorable.

 

Vous regrettez un peu ce qui s’est passé après la mort de Yohan…

Effectivement, quand on a appris la mort de Yohan, les jeunes hommes du quartier, ses amis, ont voulu aller témoigner de leur tristesse auprès de la famille mais cela a été rendu difficile. Certains politiciens de notre ville ont récupéré ce terrible drame en communautarisant la mort de Yohan. Alors qu’il était le frère de tout le monde.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.