Stains. Un rassemblement ce samedi en soutien au maire Azzedine Taibi menacé de mort 

 Stains. Un rassemblement ce samedi en soutien au maire Azzedine Taibi menacé de mort 

Azzédine Taibi menacé de mort – Interview avec Aziza Taarkoubte, maire-adjointe déléguée au quartier centre ville à Stains. Photo : DR

Ce n’est malheureusement pas la première fois qu’Azzedine Taïbi, maire communiste de Stains (93240) reçoit des menaces de mort. Déjà, en 2014, alors qu’il venait tout juste d’être élu, il lui arrivait de découvrir des courriers racistes ou menaçants. Mais il n’y prêtait guère attention. Fin août, le premier édile reçoit une énième lettre, toujours plus violente. Il est écrit : « Regarde bien sur les côtés, en haut et en bas, car on va venir te crever quand tu ne t’y attendras pas, espèce d’enculé de ta race ». 

Des menaces sans ambiguïté qui viennent s’ajouter à tellement d’autres. « On doit tous vous assassiner et vous déloger, vous jeter à la mer et retour en Afrique (…) on doit vous trancher la gorge au katana (NDLR : un sabre japonais) », ou encore : « bougnoules », « profiteurs », « sale race », « parasite », terroriste », « retourne au bled », etc., etc. Trop c’est trop pour Azzedine Taïbi qui a décidé de saisir le procureur de la République.

Aziza Taarkoubte est maire-adjointe déléguée, au quartier centre ville à Stains. L’élue est indignée par l’impunité dont jouissent certains. Avec d’autres, elle appelle à un rassemblement citoyen, ce samedi 26 septembre à 11h, devant la mairie de Stains en soutien au maire.

 

LCDL : Ce samedi, à 11h vous serez donc devant la mairie de Stains pour soutenir votre maire…

Aziza Taarkoubte : Tout est parti d’une pétition initiée par des citoyens. Ils ont lancé ce mot d’ordre « touche pas à mon maire ». Par la suite, des habitants de la ville sont venus me voir, et c’est là que l’idée d’organiser un rassemblement en soutien au maire est née. Ainsi, nous voulons montrer qu’Azzedine n’est pas seul. En tentant d’atteindre notre maire par leurs menaces, c’est toute la population de Stains que ces lâches attaquent.

 

Vous sentez-vous soutenus par l’Etat…

Pas vraiment, enfin, pour l’instant non. Tout le monde aujourd’hui est au courant des menaces dont est victime Azzedine Taïbi et on attend toujours le « soutien d’en haut ». Pas un seul ministre nous a appelés pour nous témoigner son soutien. On devrait pouvoir porter l’écharpe de maire sans être inquiété. Alors, oui, on se sent abandonné !

 

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Comment expliquez-vous ce manque de soutien ? 

Je ne sais pas, je m’interroge. Y-a-t-il des maires moins importants que d’autres dans ce pays ? Va-t-il falloir attendre que le pire arrive pour obtenir le soutien des plus autorités de l’Etat ?

 

Vous paraissez inquiète…

Oui et il y a de quoi. A chaque fois qu’Azzedine prend parti pour une cause, que ce soit contre les violences policières ou en soutien à la cause palestinienne, certains s’en donnent à cœur joie pour le menacer, lui et sa famille. C’est inadmissible. Les internautes, via les réseaux sociaux, déversent leur haine en toute impunité.

Tant qu’Azzedine Taïbi est dans sa commune, il ne risque rien. Le maire est très apprécié à Stains et il y aura toujours quelqu’un pour s’interposer. Mais, que se passera-t-il lors de ses déplacements ?

 

Comment se sent le maire ? 

Même s’il est très fort moralement, je pense qu’à l’intérieur, il est touché. Il est humain comme tout le monde, et quiconque recevrait de telles menaces, ne serait pas tranquille. Il est également inquiet pour sa famille. Pour autant, il ne cédera pas. Il ne lâchera rien : c’est un bel exemple qu’il nous transmet. Et nous aussi, on restera sur le terrain, à ses côtés.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.