« Paris Stalingrad », le quotidien semé d’embûches des réfugiés

 « Paris Stalingrad », le quotidien semé d’embûches des réfugiés

« Paris Stalingrad », un film-docu réalisé par Hind Meddeb et Thim Naccache. Photo de meddeb : Fethi Belaïd / AFP

Les réalisateurs Hind Meddeb et Thim Naccache ont filmé pendant deux ans le quotidien des réfugiés installés dans le quartier de La Chapelle à Paris. « Paris Stalingrad » vient de sortir dans les salles.

 

Nous sommes en 2016, à la fin du printemps. Le soleil ne s’est pas encore levé quand Hind Meddeb, reçoit un SMS qui l’alerte sur l’évacuation imminente par les CRS des réfugiés groupés autour du quartier de la Chapelle. Depuis de longs mois, ils vivent dans des tentes.

A moitié endormie, la Parisienne débarque à toute vitesse sur les lieux. Hind connait bien toutes ces femmes et tous ces hommes qui ont traversé une partie de la planète pour venir s’échouer dans la capitale. Avec d’autres bénévoles, elle les aide dans leur vie de tous les jours. Pour Hind et les siens, la Patrie des Droits de l’Homme, ça veut dire quelque chose.

Comme Hind Meddeb est aussi réalisatrice de documentaire (« De Casa au paradis », « Électro Chaâbi »…), elle connait l’importance de filmer pour mettre en lumière l’inacceptable et laisser une trace.

"Paris Stalingrad", le quotidien semé d'embûches des réfugiés
Affiche de « Paris Stalingrad », un film-docu réalisé par Hind Meddeb et Thim Naccache

Pendant deux ans, avec son associé Thim Naccache et à travers le portrait de l’un d’entre eux, Souleymane, 18 ans, réfugié du Darfour et arrivé en France après un long périple de cinq ans, ils vont filmer sans relâche le quotidien de ces invisibles, documenter le parcours de tous ces anonymes à travers la quête du précieux sésame, la résidence française.

Hind Meddeb et Thim Naccache filment les interminables files d’attente devant les administrations, les descentes de police et la mobilisation des habitants du quartier pour venir en aide aux réfugiés. Mais aussi l’hypocrisie des pouvoirs publics, en premier lieu la mairie de Paris, qui déloge en offrant (pour se soulager la conscience ?) quelques nuits d’hôtel sans proposer de réelles perspectives.

Pire : on découvre que la municipalité installe à travers la ville des kilomètres de grillages pour rendre inaccessibles aux réfugiés les allées sous le pont du métro aérien, des pierres pour empêcher les migrants de s’allonger, des rondes de vigiles pour les déloger.

Le film est aussi un message d’espoir, tandis que Souleymane installé désormais à Nancy, malgré les nombreux obstacles, grâce à sa ténacité et l’humanité de belles rencontres, réussira son intégration.

Paris Stalingrad d’Hind Meddeb et Thim Naccache

France / Documentaire / 2019 / 86′

Projections-débat en présence de la réalisatrice Hind Meddeb, à Paris.

Au cinéma L’Entrepôt : Les Samedis 05/06 et 12/06 à 15.30

Et au cinéma Les 3 Luxembourg : Le 16/06, 21/06, 23/06, 28/06 et le 30/06 à 20

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.