« La Mythomane du Bataclan », 20 ans à s’inventer une vie de victime

 « La Mythomane du Bataclan », 20 ans à s’inventer une vie de victime

Alexandre Kauffmann, écrivain, auteur de « La Mythomane du Bataclan », paru aux Editions Goutte d’or. ULF ANDERSEN / Aurimages via AFP

Alors que le procès des attentats de Paris bat son plein, un livre « La Mythomane du Bataclan » d’Alexandre Kauffmann revient en détail sur le parcours de Florence M. (alias Flo Kitty), quadragénaire qui a profité de l’horreur et du chagrin des victimes pour se faire passer pour l’une d’entre elles.

 

Elle n’est pas la seule : on dénombre à ce jour une vingtaine d’opportunistes, femmes et hommes confondus qui ont tenté d’être reconnus comme victimes de la tuerie du Bataclan. Mais selon l’auteur Flo Kitty a « tissé une toile mensongère qui était plus ample que celle des autres ». Le livre est passionnant, ficelé comme un polar.

Quelques jours après les attentats, Flo Kitty rejoint sur Facebook Life For Paris, un groupe d’entraide de victimes, l’association majeure regroupant celles du 13 novembre 2015.

Plus c’est gros, plus ça passe, et très vite elle en devient l’une des leaders. Florence M. donne des interviews en pagaille, pose même dans Paris Match, c’est elle qui organise le retour à Paris des Eagles of Death Metal, le groupe qui jouait sur la scène du Bataclan le jour des attentats.

Pour mener à bien son imposture, elle crée des faux comptes Facebook, remet à la police une fausse place de concert censée prouver qu’elle était bien au Bataclan le 13 novembre 2015. Une plainte qui lui permet de prétendre aux aides de l’État. Le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d’autres infractions (FGTI) lui versera 25.000 euros.

Mais selon l’auteur, Flo Kitty ne cherche pas à profiter financièrement de la situation. « Je pense qu’au départ, elle cherche surtout à se trouver des amis. Elle est très seule. Elle n’a pas préparé l’idée de prendre de l’argent. Elle veut simplement trouver un groupe d’amis », concède Alexandre Kauffman.

L’association Life for Paris lui sert de support moral à une époque de sa vie où tout va assez mal : Flo Kitty vit seule chez sa mère et souffre d’une maladie orpheline, le syndrome de Cushing, un dérèglement des glandes surrénales qui provoque notamment de l’obésité et une hyperpilosité.

Mais petit à petit, les doutes s’installent. Apparaissent alors des zones d’ombre dans les histoires de Flo Kitty. Son comportement excessif, sa paranoïa, interpellent.

Et puis, pourquoi personne ne peut jamais rencontrer Greg, l’ami de Flo Kitty hospitalisé ?

Un jour, un des membres de Life for Paris la croise dans le cabinet d’un psychanalyste fréquenté par les victimes. L’association réalise que Flo Kitty a menti, qu’elle prétend elle-même avoir été présente au Bataclan. La police est prévenue.

A force d’aller toujours trop loin, la mythomane sera donc prise à son propre piège. Placée en garde à vue, elle finira par avouer. Elle est lourdement condamnée à 4 ans de prison ferme pour escroquerie.

Pour écrire cet ouvrage, Alexandre Kauffmann a eu accès à l’enquête et a rencontré les victimes flouées. Il a aussi plongé dans le passé de Flo Kitty, découvrant que son mensonge avait commencé… 20 ans plus tôt. 20 ans à s’inventer une vie de victime …

« La Mythomane du Bataclan », d’Alexandre Kauffmann, éditions Goutte d’or, 326 pages, 18 euros.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.