Aubervilliers. Un forum « Jeunes-Police » pour apaiser les tensions

 Aubervilliers. Un forum « Jeunes-Police » pour apaiser les tensions

Lakdar Kherfi, coordinateur du forum « Jeunes-Police », organisé mardi 30 novembre 2021, entre 18h et 22h30, au Campus Condorcet d’Aubervilliers (93).

Lakdar Kherfi est coordinateur du forum « Jeunes-Police ». Cet événement, organisé par « La Médiation Nomade », aura lieu mardi 30 novembre entre 18h et 22h30, au Campus Condorcet d’Aubervilliers (93).

 

Des jeunes rencontrés par l’association, mais aussi des acteurs de proximité des quartiers visités et des policiers soucieux d’un meilleur équilibre et du respect des institutions, ont accepté de se réunir.

Des ateliers sont également prévus à partir de 21h sur les questions « Quelle police pour la cité » ? Et « Comment s’engager pour ses droits ? »

Pour Le Courrier de l’atlas, Lakdar Kherfi revient sur les motivations de son association à organiser un tel événement.

 

LCDL : Quel est l’objectif de ce forum ?

Lakdar Kherfi : Il est déjà destiné à toutes celles et tous ceux qui ne supportent plus ces scènes médiatiques donnant à voir police et jeunes s’affronter lors de guérillas urbaines, ces jeunes, ces policiers campant sur leurs positions.

Vous savez : ce n’est pas notre métier d’organiser ce genre de forum. Notre métier, c’est d’aller dans les quartiers la nuit rencontrer les jeunes; mais la situation aujourd’hui est devenue très préoccupante.

Notre objectif est simple : inviter les jeunes et la police à enfin se parler. Ils ne tomberont pas d’accord sur tout; mais à nos yeux, il est aujourd’hui essentiel d’amorcer un dialogue, afin de réfléchir et tendre ensemble vers des solutions pour améliorer leurs relations.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’organiser un tel événement ?

En neuf ans, « la caravane media nomade » (NDLR : projet qui consiste une fois la nuit tombée à nouer le dialogue avec les jeunes de cité) a rencontré 20 000 jeunes.

Au fil de nos discussions, la question des rapports avec la police revenait toujours. Beaucoup se plaignaient des contrôles à répétition et aussi des abus de certains policiers à leur égard. On ne pouvait plus passer à côté.

Comment avez-vous convaincu « les deux parties » à participer à un tel événement ?

Pour convaincre les jeunes, c’était assez facile. Le 14 et le 15 septembre dernier, nous étions au Salon Jeunes avenir à Paris. Muni d’un questionnaire, nous avons installé un camion dehors. 643 jeunes se sont prêtés au jeu.

D’ailleurs, on présentera les résultats de cette enquête lors du forum. 159 jeunes ont annoncé qu’ils viendraient.
La majorité des jeunes que nous avons interrogés nous ont dit qu’ils avaient peur de la police, encore plus, quand il s’agissait des témoignages de filles.

Pour convaincre les policiers, cela a été plus difficile. Nous avons été reçus par un membre du cabinet du ministre de l’Intérieur. Les conditions pour qu’ils acceptent de participer à ce forum étaient trop exigeantes, quasiment impossibles à tenir. Par exemple, ils ne voulaient pas de caméras qui filment l’événement. Ils exigeaient aussi qu’on leur donne la liste des jeunes présents, etc…

En sortant du rendez-vous, on s’est dit qu’on allait faire sans eux. Mais on savait qu’on ne pouvait pas organiser ce forum sans la police. Heureusement, le ministère de l’Intérieur a fini par lâcher un peu du lest. C’est lui qui nous a mis en relation avec le commissaire des Mureaux (NDLR : ville populaire dans les Yvelines) qui a accepté de participer au forum.

Parallèlement, nous avons aussi contacté notre réseau. Des syndicalistes, notamment de la CGT police avec qui nous discutons beaucoup, viendront, eux aussi, débattre. On espère que cette première rencontre motivera d’autres policiers à venir s’exprimer, un corps qui n’aime pas trop s’exposer …

Quelle serait, selon vous, la « police de vos rêves » ?

C’est en humanisant les rapports entre les policiers et les jeunes, qu’on apaisera les tensions. Beaucoup de ces policiers, originaires de province, ne sont pas formés pour faire face aux jeunes avec lesquels ils ont affaire sur le terrain.

Il est essentiel aussi de leur faire comprendre que les contrôles répétés et souvent injustifiés sont vécus comme des humiliations par les jeunes, les éloignant peu à peu de la République. Ces mêmes jeunes qui répètent souvent : « puisque c’est comme ça, on n’a pas besoin de police alors ! ».

De leur côté, les jeunes doivent comprendre qu’on ne peut pas vivre sans la police et qu’eux-mêmes ont tendance aussi parfois à s’emporter trop vite. Se rencontrer dans un terrain neutre, comme nous le proposons lors de forum, ne peut-être que bénéfique pour les deux parties.

Votre forum est dans une semaine et vous dites qu’aucun média contacté ne semble intéressé pour le moment pour couvrir votre événement…

Effectivement. A part vous, personne ne nous a rappelés. Ils sont beaucoup plus réactifs quand un jeune se fait poignarder ou quand ont lieu des affrontements avec la police.

A force de ne parler que des trains qui n’arrivent pas à l’heure, les médias racontent une vérité, souvent à mille lieux de celle vécue sur le terrain. Les médias doivent faire preuve de responsabilité, sinon nous irons tous droit dans le mur.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.