L’athlétisme maghrébin à la peine à deux ans des JO de Paris

 L’athlétisme maghrébin à la peine à deux ans des JO de Paris

Le Marocain Soufiane El Bakkali (D) remporte la finale du 3000 m steeple hommes, suivi de l’Éthiopien Lamecha Girma (C) et du Kenyan Benjamin Kigen (G) troisième lors des Jeux Olympiques de Tokyo 2020 au Stade olympique de Tokyo le 2 août 2021. JEWEL SAMAD / AFP

Alors que les championnats du monde d’athlétisme à Eugène aux États-Unis viennent de s’achever, difficile de ne pas s’inquiéter de l’état de l’athlétisme nord-africain.

Il est loin le temps où les athlètes maghrébins rivalisaient sur le demi-fond avec les plus grands. Chez les hommes, on se souvient encore très bien de l’Algérien Nourredine Morcelli sur 1500m (1988-2000) ou du Marocain Hicham El Guerroudj (1992-2004) sur 1500m et 5000m. Ces deux-là  écrasaient tout sur leur passage. El Guerroudj remporta toutes les médailles d’or aux Championnats du monde de 1997 à 2003 et fut deux fois champion olympique, son doublé 1500-5000 aux JO d’Athènes en 2004 est encore dans les annales. Son homologue algérien remporta 3 fois les mondiaux et fut sacré une fois aux Jeux olympiques d’Atlanta en 1996.

Près de vingt ans après sa retraite, Hicham El Guerroudj détient toujours les records du monde en plein air du 1 500 m (3 min 26 s 00), du mile (3 min 43 s 13) et du 2 000 m (4 min 44 s 79). En 2012, il y a bien eu le sacre de Taoufik Makhloufi qui remporte le 1500m aux Jeux olympiques de Londres, mais ses performances ont donné lieu à des controverses et à des soupçons de dopage.

Côté femmes, Hassiba Boulmerka (1986-1997) fut sacrée sur 1500m deux fois championne du monde et remporta la médaille d’or aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992 . Sur 400m haies, Nezha Bidouane a décroché le titre de championne du monde en 1997 et en 2002, et en 1999, elle a été médaillée d’argent aux mondiaux de Séville. L’Algérienne Nouria Benida devient championne olympique à Sydney en 2000.

 

Et depuis, pas grand-chose…

En 2022, l’athlétisme maghrébin est à la peine. Même si il y a quelques satisfactions. Alors oui, l’Algérien Djamel Sedjati a décroché l’argent sur 800m aux mondiaux d’Eugene, la première médaille pour cet athlète de 23 ans, son compatriote Slimane Moula a fini à une prometteuse 5e place. Sur 3000m steeple, le marocain Sofiane El-Bakkali a de nouveau brillé en obtenant une médaille d’or, sa 3e dans un championnat du monde (après le bronze à Doha en 2019, et l’argent à Londres en 2017). À 26 ans, l’athlète d’un mètre 88 a encore de beaux jours devant lui, mais son sacre cache une cruelle réalité : derrière lui, la relève n’est pas là .

Sinon comment expliquer que cette année aux championnats du monde d’Eugène, aucun athlète maghrébin, femmes et hommes confondus, n’a réussi à se qualifier en finale sur le demi-fond, que ce soit sur 1500m, 5000m ou 10000m.

À deux ans des Jeux olympiques de Paris, où les athlètes nord-africains seront presque à domicile, tant la diaspora du Maghreb est importante en France, on voit mal comment la tendance pourrait s’inverser.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.