Rassemblement à Perpignan : la contestation s’intensifie contre la plaque Pierre Sergent

 Rassemblement à Perpignan : la contestation s’intensifie contre la plaque Pierre Sergent

Perpignan, 15 mars 2025 – La plaque de l’Esplanade Pierre Sergent barrée d’un autocollant accusant l’OAS de terrorisme. Photo : Nadir Dendoune

Ce samedi 15 mars 2025, environ 150 personnes se sont rassemblées à Perpignan pour exiger le retrait de la plaque de l’esplanade Pierre-Sergent. Bien que la justice ait ordonné son retrait il y a plus d’un mois, la plaque demeure en place. Le maire RN, Louis Aliot, a en effet fait appel de la décision.

Photo : Jean-Christophe MILHET / AFP

Une justice ignorée

Début mars, le tribunal administratif de Montpellier a annulé la délibération municipale attribuant à l’esplanade le nom de Pierre Sergent, ancien député FN et figure de l’OAS. Le tribunal avait jugé que cette dénomination était « de nature à heurter significativement la sensibilité du public ». Pourtant, la municipalité dirigée par Louis Aliot refuse de retirer la plaque, qui présente toujours Sergent comme un « résistant » et un « député des Pyrénées-Orientales ».

Cette attitude défiante a attisé la colère des collectifs citoyens et d’organisations comme SOS Racisme et la Ligue des droits de l’Homme, qui ont appelé à la mobilisation.

Rassemblement de 150 personnes à Perpignan le 15 mars 2025 pour exiger le retrait de la plaque de l’Esplanade Pierre-Sergent. Photo : Nadir Dendoune

Une figure d’extrême droite controversée

Pierre Sergent fut l’un des fondateurs de l’Organisation armée secrète (OAS), un groupe clandestin partisan de l’Algérie française. Condamné à mort par contumace en 1962 et 1964 pour des actes de terrorisme, il fut impliqué dans des attentats contre le général de Gaulle et dans le putsch des généraux à Alger avant de rejoindre le Front National dans les années 80.

Lors du rassemblement, des manifestants ont recouvert symboliquement la plaque d’un autocollant rouge figurant une mare de sang avec l’inscription : « Terroriste et tortionnaire de l’OAS, responsable de l’assassinat de plus de 70 innocents en France. »

Les manifestants masqués allongés à même le sol lors du « die-in » à Perpignan, le 15 mars 2025. Photo : Nadir Dendoune

Une pression persistante

« Le maire de Perpignan a été condamné à retirer cette plaque et il réitère en faisant appel. On le vit très mal », dénonce Jacky Malléa, délégué régional de l’APNPA (Association des pieds-noirs progressistes et leurs amis), qui milite pour l’apaisement des consciences entre la France et l’Algérie.

Même indignation du côté de Mehdy Belabbas, co-président de l’Association Pour la Mémoire contre l’Oubli : « Donner ce nom, c’est insulter la mémoire des nombreuses victimes de l’OAS. Nous devons maintenir la pression sur Louis Aliot pour qu’il respecte la loi et la mémoire des victimes, qu’elles soient du côté français ou algérien. »

Mehdy Belabbas rappelle le passé trouble de Pierre Sergent et conclut sans mâcher ses mots : « Cela n’occulte pas toutes les saloperies qu’il a commises. » Avant d’insister : « On doit continuer de se réunir pour maintenir la pression. »

Louis Aliot campe sur ses positions

Interrogé sur la manifestation, Louis Aliot a balayé les critiques : « Le droit de manifester est libre dans notre pays. C’est la gauche qui tente de faire illusion. La même qui cautionne un communisme qui aura fait 100 millions de morts. »

Un déni qui ne surprend pas Mehdy Belabbas : « Il parle à son électorat présent en masse à Perpignan, aux nostalgiques de l’Algérie française, aux rapatriés et aux harkis. »

Alors que la mairie persiste à refuser d’exécuter la décision de justice, la lutte pour le retrait de la plaque Pierre Sergent semble loin d’être terminée.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.