Tsedek : une judéité décoloniale face à Gaza

Des membres du collectif Tsedek appellent à un cessez-le-feu à Gaza lors d’une mobilisation à Paris en décembre 2023 (Thomas SAMSON / AFP)
Le collectif juif décolonial Tsedek s’impose comme une nouvelle voix antisioniste face à la guerre à Gaza. Entre antiracisme, critique du sionisme et engagement politique, il propose une autre lecture de la judéité.
Le collectif juif antisioniste Tsedek dresse, dans un ouvrage, un premier bilan de sa courte existence, dans le contexte de la guerre à Gaza. Sa lutte pour la justice, ou tsedek en hébreu, et sa défense de la cause palestinienne s’inscrivent dans une critique de la modernité occidentale.
Au cœur des semaines et des mois suffocants qui ont suivi l’attaque du 7 octobre 2023 et le déclenchement du génocide à Gaza, le paysage est saturé d’appels à soutenir Israël. Dans ce contexte, l’irruption du mouvement Tsedek! apparaît comme salutaire.
Ce “collectif juif décolonial”, ainsi qu’il se présente, est né quelques mois plus tôt. Sa première apparition publique remonte au 10 juin 2023, lors de la manifestation parisienne en hommage à Clément Méric, militant antifasciste tué dix ans auparavant par des néonazis.
La mémoire en matériau
Ce double “point de départ” – une mobilisation antifasciste et le début d’un génocide – n’a rien d’anodin. L’ouvrage Lutter en rupture, lutter en solidarité, publié aux éditions Premiers Matins de novembre, en développe les enjeux.

EN RUPTURE, LUTTER EN SOLIDARITÉ Collectif Tsedek !, préface de Judith Butler, éd. Premiers Matins de novembre, (2025), 120p.,13€
Le collectif Tsedek! signe un texte hybride : manifeste, bilan et essai. Il inscrit sa brève histoire dans une triple perspective. Il évoque “le champ des luttes antiracistes”, les “combats anti-impérialistes, et donc antisionistes”, ainsi que l’idée qu’une “politique juive” doit rompre avec les appareils de domination.
Les membres du collectif proposent de faire de “la mémoire [leur] matériau” et de “l’antiracisme [leur] horizon”. Ils voient dans Tsedek! un moyen de s’engager pour la justice. Ils entendent aussi construire une judéité décoloniale et renouer avec leurs identités juives.
La première partie de l’ouvrage dresse un panorama de l’antiracisme en France. Les années 2000 et 2010 constituent un moment charnière pour ces mouvements, mais aussi pour les mobilisations en faveur de la Palestine.
Le collectif rappelle cependant un ancrage plus ancien. Dans les années 1970, les comités Palestine et le Mouvement des travailleurs arabes (MTA) militent pour l’autonomie politique dans une perspective anticoloniale. En 1995, le Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB) prolonge cette dynamique.
Antiracisme et antisémitisme : même combat
Cette tradition politique insiste sur l’autonomie et sur la nécessité de penser l’antiracisme comme une question politique, et non morale. Elle entre régulièrement en tension avec ce que le collectif appelle la “gauche blanche”.
Tsedek! s’inscrit dans cet héritage. Le terme, rappelle la philosophe Judith Butler dans la préface, signifie à la fois “justice” et “vertu”.
Le collectif revendique aussi un lien avec l’Union juive française pour la paix (UJFP), présentée comme la principale incarnation de l’antisionisme juif en France. Il partage avec elle une analyse matérialiste de la judéité comme condition sociale et historique.
Tsedek! souligne toutefois deux différences. L’UJFP est “antiraciste parce qu’antisioniste”. Tsedek! se définit, lui, comme “antisioniste parce qu’antiraciste”.
Le collectif rappelle que le succès du sionisme ne tient pas au ralliement des juifs du monde, mais à sa reconnaissance par l’ordre impérialiste occidental. Il critique ainsi le colonialisme israélien en Palestine.
Il dénonce également la construction du “nouvel antisémitisme”. Celle-ci assimile la critique d’Israël à de la haine antisémite. Il critique aussi le “philosémitisme”, illustré par le décret Crémieux de 1870.
Pour Tsedek!, il faut combattre l’idée selon laquelle l’antisémitisme serait une forme exceptionnelle de racisme. Une telle vision isole cette lutte des autres combats émancipateurs.
“Dénormaliser le sionisme”
Le collectif appelle à construire des convergences. Il souligne la difficulté, pour des juifs aujourd’hui, de se positionner du côté de l’antisionisme.
“Dénormaliser le sionisme” et “désioniser les Juif·ves” sont des tâches politiques centrales pour Tsedek!.
Enfin, le collectif affirme son engagement aux côtés des “damné·es de la Terre”. Il revendique une rupture avec les logiques de domination et un ancrage dans les luttes antiracistes et décoloniales.
FAQ
Qu’est-ce que le collectif Tsedek ?
Tsedek est un collectif juif décolonial et antisioniste. Il s’inscrit dans les luttes antiracistes et défend la cause palestinienne.
Quelle est sa position sur Gaza ?
Le collectif analyse la guerre à Gaza à travers une critique de la modernité occidentale, du colonialisme et du sionisme.
Que signifie “Tsedek” ?
Le mot “tsedek” signifie “justice” en hébreu. Il renvoie aussi à une idée de vertu et d’engagement moral et politique.
Quelle est la spécificité de Tsedek par rapport à l’UJFP ?
Tsedek se définit comme “antisioniste parce qu’antiraciste”, alors que l’UJFP est décrite comme “antiraciste parce qu’antisioniste”.
Que défend le collectif Tsedek ?
Il appelle à “dénormaliser le sionisme”, à construire des convergences entre luttes et à inscrire l’antisémitisme dans une analyse globale des formes de racisme.
