Tunis : une série de condamnations ravive les inquiétudes sur le climat judiciaire

Palais de justice de Tunis
À Tunis, l’actualité judiciaire s’est brusquement intensifiée ces derniers jours, marquée par une succession de condamnations visant des figures médiatiques et politiques.
Avocats, journalistes, producteurs ou anciens élus : les profils concernés sont variés, mais la concomitance des verdicts alimente un sentiment d’étau judiciaire, alors qu’un nouveau jugement est attendu dans les prochaines heures, celui de Mourad Zeghidi.
Des figures publiques lourdement sanctionnées
Parmi les affaires les plus commentées figure celle de Sonia Dahmani. L’avocate et chroniqueuse a été condamnée en appel lundi 13 avril à un an et demi de prison pour des propos à propos du « racisme anti migrants subsahariens », de « banales affirmations » pour sa défense. Cette décision intervient après une période de détention suivie d’une libération, rendant le verdict d’autant plus marquant qu’il constitue un retour à la case départ, après l’illusion un temps d’un début de détente politico-judiciaire dans le pays.
Autre dossier retentissant, celui du célèbre producteur et animateur Sami Fehri, condamné à cinq ans de prison le même jour pour des faits de malversations. Figure emblématique du paysage audiovisuel tunisien, sa condamnation suscite de nombreuses réactions dans le milieu médiatique, où certains évoquent un acharnement, l’intéressé ayant fait face à plusieurs procédures judiciaires après 2011, principalement liées à l’affaire « Cactus Prod ». Il avait ainsi été incarcéré de 2012 à 2013, puis a écopé en 2021-2022 de peines de prison (dont 2 ans ferme en 2022) et de lourdes amendes.
L’ancien député Rached Khiari a pour sa part écopé, toujours lundi, de six mois de prison en appel pour une publication sur les réseaux sociaux. Une décision d’autant plus controversée qu’il souffre selon ses avocats d’un cancer de la peau documenté, élément mis en avant également par ses proches pour dénoncer la sévérité de la sanction.
Une pression judiciaire persistante
À ces condamnations s’ajoute un quatrième dossier très suivi : celui de Mourad Zeghidi, ancien de Canal+. Jugé en appel aujourd’hui 14 avril, il devrait être fixé sur son sort dans les prochaines heures. Le journaliste franco-tunisien de 53 ans, passera devant la cour d’appel du tribunal de Tunis alors qu’il encourt une peine de trois ans et demi de prison pour blanchiment. Son cas cristallise lui aussi les tensions autour de la liberté d’expression et du traitement judiciaire des professionnels des médias.
L’accumulation de ces affaires en un laps de temps très court envoie le signal d’une accélération des procédures et d’un durcissement des décisions de justice. Pour de nombreux observateurs, cette séquence traduit une absence de décrispation dans un contexte politique déjà tendu.
Si les autorités mettent en avant l’indépendance de la justice et la nécessité de lutter contre les infractions, ces verdicts successifs nourrissent un débat plus large sur l’état des libertés publiques en Tunisie. Dans ce climat, l’attente du verdict concernant Mourad Zeghidi prend une dimension particulière. Plus qu’un simple jugement, il est perçu comme un indicateur supplémentaire de l’orientation actuelle de l’appareil judiciaire. À ce stade, rien ne laisse entrevoir une accalmie : bien au contraire, la séquence en cours semble confirmer une phase de forte tension judiciaire, dont les répercussions pourraient s’inscrire dans la durée.
>> Lire aussi : Tunisie. Condamné à une lourde peine, le journaliste Ghassen Ben Khelifa s’exile à l’étranger
