Paris Terres d’Envol : Lecuir (LFI) dénonce la réélection du LR Beschizza portée par la gauche

 Paris Terres d’Envol : Lecuir (LFI) dénonce la réélection du LR Beschizza portée par la gauche

Diven Lecuir, élu LFI du Blanc-Mesnil et candidat à la présidence de Paris Terres d’Envol.

Malgré plusieurs bascules municipales à gauche, la droite conserve la présidence de Paris Terres d’Envol. Réélu largement, Bruno Beschizza s’appuie sur une coalition transpartisane que l’élu LFI Diven Lecuir dénonce comme un verrou politique.

Paris Terres d’Envol (PTE) qui regroupe huit villes de Seine-Saint-Denis — d’Aulnay-sous-Bois à Tremblay-en-France, en passant par Sevran, Drancy, Le Bourget ou Villepinte — a reconduit, samedi 11 avril, Bruno Beschizza (LR) à sa présidence : 67 voix contre 9 pour Diven Lecuir (LFI), élu du Blanc-Mesnil.

Conseil territorial de Paris Terres d’Envol réuni le 11 avril pour élire son président.
Séance d’installation du conseil territorial de Paris Terres d’Envol, le 11 avril, lors de la réélection de Bruno Beschizza. © Gjp

Pourquoi la gauche a soutenu Beschizza

Un vote sans suspense, porté par une large coalition allant des maires LR, UDI et DVD jusqu’aux écologistes et aux communistes, tous unis derrière l’idée d’un EPT « coopératif », « efficace », fondé sur le « dialogue », la « confiance » et le « respect des équilibres ».

– Le maire DVD de Dugny, Quentin Gesell, a salué un mode de fonctionnement qui aurait permis de « faire avancer concrètement » les projets de sa ville.

– Au Bourget, le maire SE Mehdi Nezzar a vanté un territoire où « les énergies se rencontrent », voyant en Bruno Beschizza quelqu’un qui « porte ces valeurs ».

– À Sevran, le maire DVG Stéphane Blanchet a rappelé la nécessité de « faire territoire » malgré les sensibilités politiques.

– Demba Traoré, maire SE du Blanc-Mesnil, a assuré vouloir « tourner la page » de l’isolement de sa commune en soutenant « sans ambiguïté » la présidence sortante.

– Même du côté de Villepinte, sa maire écologiste Mélissa Youssouf a défendu un vote « responsable », tandis que la maire PCF de Tremblay-en-France, Virginie de Carvalho, a réaffirmé l’importance d’une « coopérative de villes respectueuse des communes ».

– À Drancy, le maire UDI Jean-Christophe Lagarde a justifié la reconduction de Bruno Beschizza au nom de la défense des « volontés exprimées dans chaque ville ».

Une unité solide que la candidature insoumise de Diven Lecuir est venue troubler, en dénonçant « l’opacité », « les accords feutrés » et une neutralité qui, selon lui, « sert toujours les mêmes ».

Diven Lecuir dénonce des accords de coulisses

Diven Lecuir lors de l’élection à la présidence de Paris Terres d’Envol le 11 avril 2026
Diven Lecuir, élu LFI du Blanc-Mesnil, candidat face à Bruno Beschizza lors de l’élection à Paris Terres d’Envol, le 11 avril 2026. © Gjp

Vous n’avez obtenu que neuf voix. Vous vous y attendiez ?

Oui et non. Je savais que le rapport de force n’était pas favorable, mais j’imaginais que les maires nouvellement passés à gauche voudraient marquer un tournant. Finalement, ils ont préféré la continuité. Il y a eu des coups de fil, des petites négociations, la peur de perdre des vice-présidences… C’est le jeu. J’ai annoncé ma candidature la veille du vote : j’ai fait ma part, même tard.

Pourquoi vous présenter malgré tout ?

Parce qu’il fallait dire ce que tout le monde tait. On répète que l’EPT est « technique », mais les décisions qu’il prend transforment profondément nos villes. Quand vous accompagnez un projet urbain qui renchérit les loyers et pousse les classes populaires vers la sortie, ce n’est pas de la technique. C’est un choix de société.

J’ai voulu rappeler cette évidence : l’EPT produit du politique, même quand il prétend ne pas en faire.

Les élus justifient leur vote par le refus d’une intercommunalité politisée. Vous y voyez de l’hypocrisie ?

Oui. L’idée que l’aménagement urbain serait neutre est une fable. Au Blanc-Mesnil, par exemple, sous le mandat du maire LR Thierry Meignen, l’EPT a soutenu un projet qui, même s’il n’en est pas l’unique auteur, a participé à la gentrification de la ville.

Quand on concentre la construction sur l’accession, qui peut atteindre parfois 5 000 euros du m², au lieu du logement social, on fait un choix politique.

Même chose pour l’écologie : parler de transition sans tenir compte des habitants vulnérables, ceux qui subissent la pollution et les îlots de chaleur, c’est refuser de voir la réalité.

Ces six dernières années, l’EPT n’a pas porté de projets sociaux ou écologiques à la hauteur des enjeux. Derrière la prétendue neutralité, il y a des priorités très claires.

Les soutiens de Bruno Beschizza assurent qu’il traite toutes les communes de la même façon. C’est son argument : « je finance tout le monde ». Mais financer sans condition, c’est cautionner.

Si on valide un projet qui détruit l’emploi local ou exclut les plus précaires, on prend position. Beaucoup de maires se satisfont de recevoir pour leur ville, sans regarder ce que cela produit chez le voisin. Le Blanc-Mesnil en a été un exemple : pas seul responsable, mais l’EPT a clairement accompagné la dynamique.

La gauche locale a-t-elle manqué un moment politique ?

Oui. Certains me disent : « Le rapport de force était trop faible ». Mais politiser les débats, ce n’est pas une question d’arithmétique. Si on évite les sujets qui fâchent, on laisse prospérer l’extrême droite et on affaiblit la démocratie locale.

L’EPT peut financer des projets antisociaux ou du greenwashing dans des quartiers populaires où les habitants ne peuvent pas se loger. On aurait pu poser des conditions, rééquilibrer les choses. Personne ne l’a fait. C’est un rendez-vous manqué.

Vous défendez une autre vision de l’intercommunalité. Laquelle ?

Une intercommunalité écologiste, communaliste et sociale. Communaliste au sens où les communes deviennent des laboratoires anticapitalistes pour des services publics élargis, où l’on défend les travailleurs et les habitants vulnérables.

Écologiste en prenant en compte prioritairement ceux que les crises touchent en premier.

Sociale en refusant les projets qui transforment les villes populaires en vitrines immobilières.

En clair : arrêter de se cacher derrière la technique.

Votre candidature servait donc à dire qu’un autre modèle est possible ?

Exactement. Montrer qu’on peut réduire les inégalités au lieu de les accompagner. Qu’on peut affronter l’urgence sociale et climatique avec autre chose que du consensus mou. Je savais que je ne gagnerais pas. Mais se taire aurait été pire. Il fallait crever la bulle.

Existe-t-il un cordon sanitaire autour de LFI ?

Oui, clairement. On le voit au niveau national : certains en viennent à considérer le RN comme un parti « républicain », mais LFI comme un danger.

Localement, cela se traduit par une gêne, des non-dits, et parfois des gestes très concrets. À l’EPT, François Asensi, pourtant ancien maire communiste, a rappelé mon étiquette politique, mais pas celle de Bruno Beschizza.

C’est révélateur. Et c’est d’autant plus étonnant quand on sait qui est Bruno Beschizza : l’aile dure des LR, défenseur assumé des violences policières, figure du sarkozysme sécuritaire. Mais c’est LFI qu’on présente comme un problème. Il y a là un renversement des valeurs qu’il faut nommer.