Sabri Lamouchi : « On veut être fiers de notre Coupe du monde »

 Sabri Lamouchi : « On veut être fiers de notre Coupe du monde »

Sabri Lamouchi célèbre la victoire de Cardiff City face à Watford en Championship au stade Vicarage Road, le 19 avril 2023, en Angleterre. © Shaun Botterill / Getty Images Europe via AFP

Sabri Lamouchi, choisi le 14 janvier pour prendre les commandes des Aigles de Carthage, veut relancer la dynamique de la sélection tunisienne. À l’approche de la World Cup 2026, le sélectionneur de 54 ans assume l’ampleur du défi mais affiche ses ambitions pour l’avenir du football tunisien.

En bref

  • Sabri Lamouchi a été nommé sélectionneur de la Tunisie le 14 janvier 2026.
  • L’ancien international français dirige pour la première fois le pays de ses parents.
  • Il souhaite relancer les Aigles de Carthage après une CAN décevante.
  • Le technicien mise sur l’élargissement du groupe et l’arrivée de nouveaux profils.
  • Il a convaincu Rani Khedira de rejoindre la sélection tunisienne.
  • Wahbi Khazri a intégré son staff afin d’apporter son expérience du groupe.
 

Quand vous avez été nommé sélectionneur pour le pays de vos parents, qu’avez-vous ressenti ?

Sabri Lamouchi : Mon nom avait circulé par le passé, mais c’est la première fois qu’on me sollicitait. Et je n’ai pas hésité. J’ai pensé que les planètes étaient alignées. J’ai accepté l’offre de la Fédération avec beaucoup d’émotion et un énorme plaisir. On s’est très vite mis d’accord (contrat de deux ans et demi, ndlr). Au moment de la signature, l’émotion était forte.

Pour votre présentation, vous aviez mis une cravate à la demande de votre mère, qui vit en Tunisie…

Sabri Lamouchi : On m’a appris à toujours soigner la première impression, mais c’est vrai que j’ai fait un effort pour l’occasion, car je ne suis pas fan des cravates. Ma mère était fière, comme toute ma famille, d’ailleurs. Après, je n’ai pas forcément envie de me livrer sur mon intimité. En revanche, mes parents m’ont transmis des valeurs qui définissent l’homme et l’entraîneur que je suis : respecter chacun et travailler dur.

Vous avez abordé cette conférence par une mise au point sur votre rendez-vous manqué avec la sélection tunisienne quand vous étiez jeune joueur à l’AJ Auxerre. Comment la population a-t-elle réagi ?

Sabri Lamouchi : De manière positive. Durant trente-trois ans, je n’avais jamais évoqué ce rendez-vous manqué. Certains ont parlé et se sont fait un malin plaisir de déformer la réalité. Alors, j’ai voulu rétablir les faits, car les gens ne savaient pas ce qu’il s’était passé.

Pourquoi n’ai-je pas parlé plus tôt ? Vous noterez que je ne me suis jamais prononcé non plus sur ma non-participation à la Coupe du monde 1998. Il y a des gens qui préfèrent s’exprimer, d’autres pas. Ce sont des manières de faire.

En tout cas, après les deux premiers matches amicaux au Canada (1-0 contre Haïti, 0-0 contre le Canada), j’ai senti que l’accueil était bon.

Après quelques semaines seulement à la tête des Aigles de Carthage, quel est votre diagnostic sur l’état de la sélection ?

Sabri Lamouchi : J’ai surtout ressenti beaucoup de déception et de frustration, alors que la Tunisie venait d’être éliminée de la CAN (en huitièmes de finale contre le Mali, le 3 janvier, ndlr).

Ma certitude, aujourd’hui, c’est que si je fais comme mes prédécesseurs, j’obtiendrai les mêmes résultats. Et je n’ai vraiment pas envie de connaître ce genre de désillusions.

Vous avez déjà sélectionné beaucoup de nouveaux éléments. Y a-t-il une volonté de rajeunissement ?

Sabri Lamouchi : Pas forcément, mais on veut élargir le groupe des Aigles de Carthage. On veut surtout des joueurs qui donnent tout pour le maillot, car les Aigles appartiennent au peuple et à personne d’autre.

Ensuite, mon diagnostic est encore embryonnaire. Je n’ai disposé que de cinq séances d’entraînement. Et le Mondial va arriver très vite.

Vous êtes parvenu à convaincre Rani Khedira de porter le maillot national tunisien. Comment avez-vous procédé ?

Sabri Lamouchi : C’est simple : je me suis déplacé en Allemagne. Et lors de notre rencontre, j’ai tout de suite senti un garçon intéressé.

Rani a 32 ans. C’est l’un de nos joueurs les plus expérimentés. Il a aussi l’avantage d’être titulaire en club, ce qui n’est pas le cas de nombreux sélectionnés.

Vous avez aussi misé sur Wahbi Khazri, qui a intégré votre staff. Quel sera son rôle ?

Sabri Lamouchi : C’est un profil complémentaire, un œil plus jeune (35 ans), qui connaît bien la plupart des joueurs, puisqu’il vient de raccrocher les crampons.

Cette nouvelle fonction lui plaît beaucoup. On connaissait le Wahbi Khazri jovial, prêt aux bonnes plaisanteries, mais il est très sérieux quand le travail commence.

Vous êtes dans un groupe difficile (Pays-Bas, Japon, Suède). Comment abordez-vous la Coupe du monde ?

Sabri Lamouchi : Ce qu’on veut, c’est ne pas ressentir de frustration ni de déception. Lors des deux dernières éditions, j’ai cru comprendre qu’il y avait la possibilité de faire mieux.

Pour Wahbi, par exemple, ça a été difficile de battre la France en 2022 (1-0) et, pour cela, de ne pas passer le premier tour. Mais cette expérience doit nous servir.

Dans une Coupe du monde, il faut faire attention aux moindres détails. Il faut aussi jouer en étant conscient que disputer la plus belle des compétitions est une chance extraordinaire.

Atteindre le deuxième tour est-il tout de même un objectif officiel ?

Sabri Lamouchi : Non car, sur le papier, nos adversaires nous sont supérieurs. Alors, l’idée est de terminer la compétition en étant fier de ce qu’on aura fait. Je veux qu’on donne le maximum.

Est-ce qu’on passera le premier tour ? Je l’espère, mais on ne peut rien promettre. Je veux juste qu’on rentre la tête haute. Ce serait une bonne base pour ensuite travailler à moyen terme.

Vous avez une grande carrière de joueur et obtenu des résultats avec le Stade rennais, mais on entend rarement votre nom circuler en France quand un club cherche un entraîneur. Comment l’expliquez-vous ?

Sabri Lamouchi : Je suis surpris également. On peut appeler ça un manque de considération. En tout cas, ça m’interpelle.

Quand j’ai commencé ma carrière d’entraîneur en étant sélectionneur de la Côte d’Ivoire, le plus jeune de la Coupe du monde 2014, je pensais recevoir un coup de fil.

Ensuite, une seule personne, Olivier Létang, alors président du Stade rennais, a voulu me rencontrer et a misé sur moi. Rennes était la belle endormie. Nous l’avons réveillée et ramenée en Coupe d’Europe.

Aujourd’hui, après un passage en Arabie saoudite (2024-2025), je suis fier de diriger les Aigles de Carthage et l’équipe nationale de Tunisie. C’est le plus grand défi de ma carrière.

Vos questions sur Sabri Lamouchi

Qui est Sabri Lamouchi ?

Sabri Lamouchi est le sélectionneur de la Tunisie depuis janvier 2026. Ancien international français, il a également entraîné la Côte d’Ivoire, le Stade rennais, Nottingham Forest et Cardiff City.

Pourquoi Sabri Lamouchi a-t-il accepté de diriger la Tunisie ?

Le technicien explique avoir ressenti une forte émotion au moment de rejoindre le pays de ses parents. Il considère cette mission comme l’un des plus grands défis de sa carrière.

Quel est le projet de Sabri Lamouchi avec les Aigles de Carthage ?

Le sélectionneur souhaite élargir le groupe, renforcer la concurrence et construire une équipe capable de retrouver de l’ambition sur la scène internationale.

Quel rôle jouent Rani Khedira et Wahbi Khazri dans son projet ?

Rani Khedira apporte son expérience et sa régularité en club. Wahbi Khazri a rejoint le staff technique pour accompagner la transition et transmettre son vécu international.

Thomas Goubin