Moi, président(e)… Clément Sénéchal : « Je mettrais fin à la Ve République »

Clément Sénéchal, sociologue et ancien chargé de campagne climat de Greenpeace France, lors d’un entretien pour la série Moi, président(e)…. Photo : DR
Dans ce nouvel épisode, l’ancien chargé de campagne climat de Greenpeace France et auteur de Pourquoi l’écologie perd toujours, le sociologue Clément Sénéchal décline les premières mesures qu’il prendrait à l’Élysée : régularisation des sans‑papiers, garantie d’emploi et fiscalité climatique progressive.
En bref
- Clément Sénéchal est sociologue et ancien chargé de campagne sur les questions climatiques de Greenpeace France.
- Il est l’auteur de Médias contre médias. La société du spectacle face à la révolution numérique et de Pourquoi l’écologie perd toujours.
- Il défend la régularisation massive des sans‑papiers et une garantie d’emploi universelle.
- Il dénonce un « darwinisme social » face aux canicules et aux inégalités climatiques.
- Il plaide pour une fiscalité écologique progressive et une planification démocratique.
- Il prone la fin de la Ve République et la convocation d’une Assemblée constituante.
> A lire aussi : Khadija Bendam, Marocaine nommée présidente du Conseil international des sociétés nucléaires
LCA : Quelle est la mesure la plus impopulaire que vous seriez prêt à défendre si vous étiez candidat, parce que vous la jugez indispensable pour rendre la France plus juste ?
Clément Sénéchal : La régularisation massive des sans‑papiers présents sur le territoire.
L’hostilité générale créée par l’emballement climatique commande au contraire d’intégrer tout le monde à la citoyenneté et à l’organisation politique de la vie collective.
Plus personne ne devrait se sentir traqué sur cette planète devenue précaire. Pour faire face au péril écologique, l’humanité devra au contraire se serrer les coudes.
Les Français issus de l’immigration restent davantage confrontés au chômage, à la précarité ou aux discriminations. Comment y remédier ?
Il existe plusieurs leviers : revaloriser les salaires et sécuriser l’emploi, en augmentant le SMIC, en limitant les contrats précaires et l’intérim, en réduisant le temps de travail et en renforçant les droits syndicaux.
Les populations issues de l’immigration sont en effet particulièrement présentes dans certains emplois peu rémunérés ou instables.
Il faut également conditionner les aides publiques aux entreprises au respect de critères sociaux et antidiscriminatoires, combattre la ségrégation résidentielle et investir massivement dans les quartiers populaires : dans l’école, les transports, la santé, la culture, les associations et les services publics.
Mais je pense qu’il faut aller plus loin et s’attaquer au chômage lui‑même. Une planification écologique de la production devrait instaurer une véritable garantie d’emploi pour toutes et tous :
proposer à toute personne disponible un travail correctement rémunéré dans les services publics, la transition écologique ou l’économie sociale, afin de répondre à des besoins essentiels que le marché couvre aujourd’hui très mal.
Quelle expérience récente vous a le plus confronté aux inégalités sociales en France ? Qu’en avez‑vous retenu ?
Les canicules à répétition. Elles montrent comment un nouveau darwinisme social est en train de s’installer : une privatisation de la fraîcheur pour les plus riches et une socialisation de la chaleur pour les plus pauvres.
La vie devient littéralement insupportable pour celles et ceux qui n’ont pas les moyens de se prémunir contre les effets du réchauffement climatique. Nous assistons à une forme de sélection thermique des corps qui rend la violence économique extrêmement concrète.
J’en retiens une chose simple : les plus riches disposent des ressources nécessaires pour s’adapter, tandis que les classes populaires sont exposées de plein fouet aux conséquences de la crise.
Le réchauffement climatique ne peut donc que redoubler les inégalités sociales si nous le laissons être administré par le marché.
Dans ce contexte, une réponse réellement humaniste doit nécessairement remettre en cause les logiques capitalistes qui organisent cette inégalité face au danger.
>> A lire aussi : Clément Sénéchal : « La canicule aggrave les inégalités »
Comment concilier urgence climatique et justice sociale ?
Il faut commencer la sobriété par le haut de la société. Cela suppose une fiscalité climatique extrêmement progressive sur les plus riches, qui sont aussi les plus gros émetteurs, afin de faire porter l’effort en priorité sur ceux qui ont l’empreinte écologique la plus importante.
Il faut également financer massivement des infrastructures publiques d’adaptation au réchauffement climatique, obliger les propriétaires à rénover les logements mis en location et instaurer de nouveaux droits écologiques pour toutes et tous, comme un véritable droit de retrait lorsque les températures rendent le travail dangereux.
Enfin, nous devons organiser une planification économique qui réduise progressivement l’emprise de la propriété privée sur les moyens de production et fasse émerger de nouvelles formes d’autogestion écologique. La transition ne peut pas simplement consister à verdir le capitalisme : elle doit aussi démocratiser l’économie.
Quel livre, quel film, quelle rencontre ou quel voyage a le plus changé votre regard sur la France ?
Mon voyage au Maroc. On y croise partout des gens qui ont de la famille en France ou qui sont eux‑mêmes venus y travailler. J’y ai rencontré beaucoup d’hospitalité et de chaleur humaine.
Ce sont des gens dont l’histoire est profondément entremêlée à la nôtre. Cela rend d’autant plus difficile à accepter la violence islamophobe qui existe aujourd’hui en France.
Mais si je devais citer un livre, ce serait Les Misérables, de Victor Hugo.
Au‑delà de sa puissance littéraire, ce livre m’a ouvert les yeux, enfant, sur la violence sociale qui pouvait structurer mon propre pays depuis si longtemps, malgré l’idéal d’égalité et la fierté politique dont la France se réclame.
Quelle règle du jeu démocratique changeriez‑vous en priorité ?
Je mettrais fin à la Ve République et convoquerais immédiatement une Assemblée constituante afin de remettre les grands enjeux de pouvoir entre les mains du pays.
Notre démocratie ne devrait pas s’arrêter à la porte de l’entreprise. J’aimerais qu’une nouvelle Constitution pose également la question de la propriété collective et du pouvoir des salariés dans l’entreprise, afin de réduire radicalement la domination patronale.
La citoyenneté ne devrait pas être un droit que l’on exerce seulement au moment des élections. Elle doit être conquise et exercée partout où des décisions déterminent nos vies.
Vos questions sur Clément Sénéchal et sa vision politique
Qui est Clément Sénéchal ?
Clément Sénéchal est sociologue, ancien chargé de campagne climat chez Greenpeace France et auteur de Pourquoi l’écologie perd toujours (Seuil, 2024).
Quelle mesure impopulaire défend‑il ?
La régularisation massive des sans‑papiers présents sur le territoire.
Comment relie‑t‑il écologie et justice sociale ?
Par une fiscalité climatique progressive et une garantie d’emploi pour toutes et tous.
Quelle expérience illustre les inégalités sociales ?
Les canicules, symbole d’un « darwinisme social » entre riches et pauvres.
Quelle réforme institutionnelle propose‑t‑il ?
La fin de la Ve République et la création d’une Assemblée constituante.
Quel livre a marqué sa vision de la France ?
Les Misérables de Victor Hugo, pour sa dénonciation de la violence sociale.
