Moi président(e) … Yahya Achou Ouiy : « Il convient de revoir en profondeur Parcoursup »

Yahya Achou Ouiy, consultant, influenceur et auteur de « Un vécu de prépa ». Photo : DR
Consultant, influenceur et auteur de Un vécu de prépa, Yahya Achou Ouiy est arrivé en France à 15 ans sans parler un mot de français. Né à Rome, il décroche quelques années plus tard un bac avec 20,42 de moyenne avant d’intégrer Louis-le-Grand. Aujourd’hui, il veut faire de son parcours un combat contre la reproduction des élites et imagine, pour « Moi Président », une école plus juste et une démocratie plus représentative. Des propositions qui résonnent avec la colère des lycéens aujourd’hui.
En bref
- Yahya Achou Ouiy fait de la justice dans l’éducation sa priorité.
- Il propose de revoir en profondeur Parcoursup et les mécanismes de sélection universitaire.
- Il défend la généralisation du testing pour lutter contre les discriminations à l’embauche.
- Il souhaite adapter les politiques environnementales au niveau de revenu.
- Il propose de réformer le mode de scrutin et d’évoluer vers un régime parlementaire.
LCA : Quelle est la mesure la plus impopulaire que vous seriez prêt(e) à défendre si vous étiez candidat(e), parce que vous la jugez indispensable pour rendre la France plus juste ?
Yahya Achou Ouiy : La priorité absolue pour instaurer une véritable justice sociale est la justice dans l’éducation. Cela passe d’abord par l’annulation des réformes scolaires menées ces cinq dernières années. Notamment depuis la réforme Blanquer, incluant le contrôle continu et les mathématiques devenues optionnelles dès 15 ans, afin de revenir au système antérieur et d’en corriger les faiblesses. Il convient également de revoir en profondeur Parcoursup et les mécanismes de sélection universitaire, perçus comme une boîte noire perpétuant les injustices.
Sur le plan concret, ma mesure phare consiste à réformer l’allocation de rentrée scolaire (d’environ 300 à 400 € par enfant). Plutôt qu’un versement monétaire direct sur les comptes bancaires des familles, cette aide serait transformée en un chèque éducation utilisable uniquement pour l’achat de fournitures scolaires, de livres (en librairie ou à la Fnac) et pour l’accès aux activités culturelles (cinéma, théâtre). L’objectif est de garantir que ces fonds publics soient réellement consacrés à la scolarité et à l’équipement numérique des enfants (ordinateurs, connexion internet).
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Les Français issus de l’immigration restent davantage confrontés au chômage, à la précarité ou aux discriminations. Comment y remédier ?
Les études et statistiques démontrant ces discriminations existent depuis des décennies. Il convient désormais d’en finir avec les simples constatations et de passer à l’action.
Si la discrimination positive peut constituer un premier pas pragmatique, la solution clé réside dans la sanction systématique des entreprises qui pratiquent la discrimination ou exploitent la précarité. Pour cela, il faut généraliser le testing lors des recrutements en envoyant des testeurs au sein des processus d’embauche afin de repérer les pratiques abusives et d’assujettir les entreprises défaillantes à des sanctions financières.
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Quelle expérience récente vous a le plus confronté aux inégalités sociales en France ? Qu’en avez-vous retenu ?
Cette confrontation provient de mon expérience personnelle directe. Lors de mon premier stage, je me suis retrouvé sans logement, hébergé chez un ami, mon dossier ayant été rejeté malgré un garant ingénieur en raison de mon prénom et de ma nationalité italo-marocaine. Ensuite, j’ai dû envoyer plus de 70 CV pour obtenir un premier stage, bien que je parle quatre langues, sors d’une grande école, ait suivi une classe préparatoire dans l’un des meilleurs lycées de France et obtenu un 20/20 au baccalauréat.
Je constate au quotidien l’absence de représentativité des personnes de la diversité dans les échelons hiérarchiques supérieurs de mon secteur professionnel. Ce que j’en retiens est que ma vie quotidienne constitue un combat permanent pour tenter de percer ce plafond de verre sans modèle, ce qui impose un coût humain et une charge mentale disproportionnés par rapport à ceux qui n’affrontent pas ces obstacles initiaux.
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Comment concilier urgence climatique et justice sociale ?
Yahya Achou Ouiy : Il faut d’abord reconnaître le lien étroit entre écologie et justice sociale. Les populations défavorisées sont les premières et les plus sévèrement touchées par les crises climatiques (canicules, fortes pluies) tandis que les classes aisées disposent de moyens supérieurs pour s’en protéger.
Pour concilier les deux impératifs, les politiques environnementales doivent être échelonnées selon le niveau de revenu. Puisque les classes défavorisées subissent le plus l’urgence climatique, les aides de l’État doivent leur être attribuées en priorité et de manière renforcée. Par exemple, le bonus carburant devrait être nettement plus élevé pour un salarié au SMIC que pour des ménages disposant de revenus importants (de 4 000 à 7 000 € par mois).
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Quel livre, quel film, quelle rencontre ou quel voyage a le plus changé votre regard sur la France ?
Le livre qui m’a le plus marqué est La France, tu l’aimes mais tu la quittes de Olivier Esteves, Alice Picard, Julien Talpin.
Cet ouvrage rassemble les récits de Français nés en France, attachés aux valeurs républicaines, qui font le choix de s’exiler parce que le pays ne les accepte pas pleinement, refuse leur multiculturalisme et leur impose des plafonds de verre. Pour moi, présent en France depuis dix ans sans encore en avoir la nationalité, la lecture de cet ouvrage a agi comme une prise de conscience, révélant que le « French Dream » est une illusion et qu’il faut faire face aux défauts du pays pour tenter d’y remédier.
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Quelle règle du jeu démocratique changeriez-vous en priorité ?
La priorité est de refonder les institutions et le mode de scrutin. Le système semi-présidentiel et le second tour de l’élection présidentielle contraignent régulièrement les citoyens à un vote par défaut et à choisir entre « la peste et le choléra », ce qui altère l’expression démocratique.
Pour y remédier, je propose de revaloriser le premier tour et de mieux représenter la diversité des courants politiques à gauche comme à droite. D’envisager un second tour à trois candidats pour offrir un choix plus représentatif. Et d’évoluer vers un régime parlementaire (inspiré du modèle italien), où le pouvoir repose sur le Parlement et la formation de coalitions, garantissant une meilleure représentativité de l’ensemble des citoyens.
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Vos questions sur les propositions de Yahya Achou Ouiy
Quelle est sa priorité pour rendre la France plus juste ?
Yahya Achou Ouiy place la justice dans l’éducation au premier rang et souhaite notamment revoir Parcoursup et les mécanismes de sélection universitaire.
Que propose-t-il pour lutter contre les discriminations ?
Il défend la généralisation du testing lors des recrutements et la mise en place de sanctions financières contre les entreprises défaillantes.
Quelle réforme propose-t-il pour l’allocation de rentrée scolaire ?
Il propose de transformer cette aide en un chèque éducation utilisable pour les fournitures scolaires, les livres, les activités culturelles et l’équipement numérique.
Quelle est sa proposition sur le climat ?
Il souhaite que les politiques environnementales et les aides de l’État soient davantage modulées selon le niveau de revenu.
Comment souhaite-t-il faire évoluer les institutions ?
Il propose de revaloriser le premier tour, d’envisager un second tour à trois candidats et d’évoluer vers un régime parlementaire.
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