Agression islamophobe : les musulmans se rebiffent

 Agression islamophobe : les musulmans se rebiffent

Kamel Kabtane, président du Conseil des Mosquées du Rhône. (Photo : PHILIPPE DESMAZES / AFP)

L’agression d’un jeune lycéen de 17 ans pour son origine musulmane et arabe (il est syrien), le 19 janvier, par plusieurs personnes à Décines-Charpieu, a mis en émoi la communauté musulmane de Lyon (Rhône). Des sources policières ont confirmé que le garçon a été agressé en bas de son immeuble par trois personnes, encagoulées et vêtues de noir, qui ont proféré des injures à caractère racial et religieux.

 

Le parquet a précisé que la victime, qui a déposé plainte après avoir eu les sourcils rasés et le visage lacéré par ces individus, s’est vu délivrer une incapacité totale de travail (ITT) de cinq jours.

Une enquête a été ouverte pour violences aggravées par trois circonstances : en réunion, avec arme et en raison de l’appartenance vraie ou supposée de la victime à une race, une ethnie, une nation ou une religion.

Le Conseil des Mosquées du Rhône a publié une déclaration dans laquelle il s’insurge contre une agression d’une violence extrême subie par ce jeune lycéen de 17 ans, qui n’est ni un accident, ni un fait isolé, ni une dérive imprévisible.

« Elle est le résultat direct d’un climat de haine construit, entretenu et banalisé. Un enfant a été attaqué, insulté, rasé, lacéré, marqué dans sa chair parce qu’il est perçu comme arabe et musulman.

« Ce passage à l’acte n’est pas né dans le vide. Il s’inscrit dans un contexte où l’islamophobie est devenue socialement tolérable, politiquement rentable et médiatiquement banalisée.

« Depuis des années, des responsables politiques désignent l’islam et les musulmans comme un problème à résoudre. Des médias relaient sans distance des discours de peur, d’amalgame et de suspicion permanente. »

Les signataires, qui dénoncent des institutions refusant de nommer l’islamophobie, la relativisant ou la niant, constatent que : « quand on laisse prospérer l’idée que les musulmans seraient une menace, certains se sentent autorisés à les humilier, à les frapper, à les terroriser.

« Ce matin, ce ne sont pas seulement trois agresseurs cagoulés qui ont frappé. C’est un climat entier qui a rendu cette violence possible.

« Nous refusons désormais les faux-semblants, les indignations tardives et les appels abstraits au calme. Nous refusons que l’on demande systématiquement aux victimes de faire preuve de retenue pendant que les responsables continuent à alimenter la haine. »

Les responsables exigent ainsi « que le caractère raciste et islamophobe de cette agression soit reconnu sans ambiguïté, que la justice agisse avec une fermeté exemplaire, et que cesse immédiatement l’instrumentalisation politique de l’islam et des musulmans ».

Signé par Kamel Kabtane, président du Conseil des Mosquées du Rhône, le communiqué sonne comme une mise en garde :

« Persister dans le déni, la stigmatisation et le silence, c’est accepter que d’autres agressions se produisent. C’est accepter que d’autres enfants soient pris pour cibles.

« La République ne peut pas, d’un côté, proclamer l’égalité et, de l’autre, tolérer qu’une partie de ses enfants vive dans la peur.

« Si elle ne protège pas tous les siens, alors ce ne sont pas seulement des individus qui faillissent, mais un système tout entier.

« Le Conseil des Mosquées du Rhône refuse que la peur devienne la norme et que l’impunité s’installe. Nous appelons à une réaction claire, ferme et immédiate des autorités, ainsi qu’à une mobilisation réelle contre toutes les formes de racisme. La dignité humaine n’est pas négociable. »

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