Deauville : censure d’une photo de Gaza, la polémique enfle

Des footballeurs jouent sur un terrain à Gaza, au milieu des ruines. Cette photographie de l’AFP n’est pas celle retirée de l’exposition de Deauville, mais elle présente le même stade et le même paysage dévasté. © Omar AL-QATTAA / AFP
Mi-août, à Deauville, une photo de Gaza a été discrètement retirée d’une exposition en plein air. Élus de gauche et associations réclament sa réinstallation.
En bref
- Une photographie de Gaza a été retirée d’une exposition en plein air à Deauville.
- Le cliché a été réalisé par le photojournaliste gazaoui Jehad Alshrafi.
- La municipalité affirme n’avoir subi aucune pression et invoque un « souci d’apaisement ».
- Des élus de gauche demandent la réinstallation de la photographie.
- Agnès Callamard dénonce la censure de l’image.
Du mois de juin au 6 septembre, dans le cadre du Festival Deauville Sport Images, une exposition est installée sur une place de Deauville. Parmi les œuvres présentées, un cliché du photojournaliste gazaoui Jehad Alshrafi montrant des footballeurs jouant à Gaza sur un terrain émergeant d’un paysage complètement détruit par les bombardements de l’armée israélienne.
Jeudi 20 août, en soirée, Sylvain Larcher, secrétaire de section du Parti socialiste, et membre de l’association Gauche Côte Fleurie, constatait par hasard que cette photo avait été remplacée en toute discrétion et réagissait sur un post Facebook : « Cette disparition soulève donc une question simple et légitime : pourquoi cette photographie a-t-elle été retirée ? ».
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Pressions ?
Le secrétaire de section du PS interpellait alors la mairie : « Si elle [la photographie, ndlr] a été retirée à la suite de pressions extérieures ou pour des raisons liées au sujet qu’elle représente, la question de la liberté de création, de la liberté artistique et de la liberté d’expression dans un événement culturel soutenu par des institutions publiques se poserait alors nécessairement ».
Afin d’enrayer ce début de polémique, le cabinet du maire, Philippe Augier (Horizons), réagissait promptement via un communiqué :
« Aucune pression n’a été exercée (…) La décision de retirer cette photographie a été prise par la municipalité dans un seul souci d’apaisement (…) Le retrait de cette photographie ne constitue donc ni un jugement sur son contenu, ni une remise en cause de sa valeur artistique ou documentaire, ni une atteinte à la liberté de création ».
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Réactions
Le communiqué de la municipalité n’a vraisemblablement pas suffi à éteindre la polémique.
Emma Fourreau, députée LFI au Parlement européen, réagissait mercredi (26 août) sur X : « Ils ont voulu cacher le palestine, faire taire la résilience du peuple palestinien qui continue à jouer au foot dans les ruines du génocide signé Israël ».
Mardi (25 août), c’est Arthur Delaporte, député du Calvados et porte-parole du PS, qui s’indignait du retrait de la photo :
« Ce retrait, intervenu à la suite de « demandes » dont l’origine n’a pas été rendue publique, pose une question et suscite une indignation qui dépasse largement le cadre de cette seule exposition (…) La volonté affichée de ne pas « heurter » ne peut devenir un principe de déprogrammation culturelle ».
En outre, le député socialiste appelait la mairie de Deauville à rendre publics les motifs du retrait de cette photographie et à s’excuser. Agnes Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, alertait contre la censure de cette photo :
« La montrer partout est un acte de résistance, contre la censure, contre la tentative d’effacer la réalité du génocide de Gaza ».
Vos questions sur le retrait de la photo de Gaza au Festival Deauville Sport Images
Que montre la photographie de Jehad Alshrafi ?
Elle montre des footballeurs jouant à Gaza sur un terrain émergeant d’un paysage complètement détruit par les bombardements de l’armée israélienne.
Pourquoi la photo de Gaza a-t-elle été retirée de l’exposition ?
La municipalité affirme l’avoir retirée dans un « souci d’apaisement ».
La mairie affirme qu’« aucune pression n’a été exercée ». Des élus demandent toutefois que l’origine des « demandes » ayant conduit au retrait soit rendue publique.
Le retrait de la photo est-il considéré comme une censure ?
Oui. Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, dénonce explicitement « la censure » de cette photo.
Pourquoi des élus de gauche contestent-ils le retrait ?
Ils estiment notamment que la volonté de ne pas « heurter » ne peut justifier une déprogrammation culturelle et réclament la réinstallation de la photographie.
