Documentaire « Deux vies pour l’Algérie »: quand l’amour se fait révolution

 Documentaire « Deux vies pour l’Algérie »: quand l’amour se fait révolution

Il y a des couples qui passent à la télé pour raconter comment ils ont fêté leurs noces d’or. Et puis il y a Gilberte et William Sportisse. Eux, à plus de soixante-dix ans, ont dû quitter l’Algérie en 1994, menacés par le Front islamique du salut (FIS). Avant ça ? Une vie entière passée à militer, à se battre, à croire, coûte que coûte, que l’humanité valait la peine qu’on y consacre ses nuits, sa jeunesse et parfois sa liberté.

Le documentaire Deux vies pour l’Algérie – et tous les damnés de la terre de Sandrine-Malika Charlemagne et Jean Asselmeyer, c’est exactement ça : l’histoire de deux amoureux, mais version guérilla. Juifs, Algériens et communistes, ils ont traversé toutes les secousses du siècle : le régime collaborationniste de Vichy, la guerre d’indépendance algérienne, l’Algérie de Boumédiène et la décennie noire. Torturés, emprisonnés, trahis, exilés, mais jamais résignés.

Deux vies pour l’Algérie raconte ce qu’on ne nous raconte jamais. Le rôle du Parti communiste algérien (PCA), les Juifs d’Algérie enrôlés pendant la Seconde Guerre mondiale dans des unités spéciales « non armées », la répression féroce contre ceux qui ne rentraient pas dans la ligne du pouvoir après 1962. Autant de pages mises de côté par les manuels scolaires et par une histoire officielle qui préfère gommer les zones d’ombre.

 

Mais attention : ici, pas de pleurnicheries ni de statues dressées. Gilberte et William racontent leur vie avec humour, comme si les prisons, la clandestinité et la torture n’étaient que des étapes d’un parcours qu’ils ont choisi. C’est ce mélange d’optimisme et de rage tranquille qui rend le film aussi attachant. On en sort avec une certitude : oui, la révolution peut être une histoire d’amour.

Alors bien sûr, on aurait pu vouloir plus d’analyses politiques, un décorticage des failles du PCA ou de la gauche algérienne. Mais ce n’était pas le but. Ici, on regarde, on écoute, on apprend. Et surtout, on reçoit en plein cœur ce qu’ils ont toujours voulu transmettre : une confiance absolue en l’humain.

En ces temps de mémoires sélectives et de communautarismes au rabais, ce documentaire est un rappel salutaire : l’Algérie a toujours été multiple, riche de ses diversités, et ceux qui se sont battus pour elle venaient de partout.

Projections à venir

25 septembreSaint-André des Arts, Paris (Maghreb des Films), avec les réalisateurs
26 septembreLe Luxy, Ivry-sur-Seine, avec les réalisateurs et Alain Ruscio, historien
5 octobreGrand Écran, Serémange (Festival du film arabe, Fameck)
9 octobreLe Royal, Toulon, avec Sandrine-Malika Charlemagne
12 octobreTrois Cinés Robespierre, Vitry-sur-Seine, avec la coréalisatrice
19 octobreAuditorium des Archives départementales, Nîmes (Panorama du cinéma algérien), avec Jean Asselmeyer
10 novembreLe Trianon, Romainville (Festival du film franco-arabe de Noisy-le-Sec), avec la coréalisatrice
12 novembreCiné-Théâtre, Tournon-sur-Rhône, avec Michel Sportisse

 

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.