Élections municipales : le parti issu des « indignés », aux portes de Madrid et de Barcelone

 Élections municipales : le parti issu des « indignés », aux portes de Madrid et de Barcelone

Podemos


Les Espagnols ont adressé dimanche soir un sévère avertissement à l'establishment politique, entrouvrant les portes de Barcelone et de Madrid aux « indignés », à l'issue d'élections municipales et régionales où le parti antilibéral Podemos a globalement confirmé sa troisième place.


 


Percée historique des mouvements antilibéraux


À Barcelone, deuxième ville espagnole, la liste de la militante anti-expulsions Ada Colau est arrivée en tête devant celle du maire sortant Xavier Trias, un nationaliste conservateur : elle a obtenu onze sièges contre dix pour celui-ci, cinq pour Ciudadanos (centre droit) et quatre pour le Parti socialiste catalan.


L’égérie des « indignés » avait hésité pourtant hésité à se lancer en politique. « L'espoir a gagné, le désir de changement a vaincu la campagne de la peur, de la résignation », a-t-elle dit avec des larmes de joie. « J'ai toujours été dans le camp des perdants, je n'ai pas l'habitude de gagner, c'est étrange », déclarait un de ses fans, Fernando Ramos, 63 ans, avant d'assurer que le mouvement des « indignés » a été « un moteur de changement qui ne s'arrêtera pas ici ».


À Madrid, la liesse a gagné les partisans de la liste « Ahora Madrid » emmenée par l’ancienne juge Manuela Carmena et uniquement financée par les dons de militants. La liste, qui comprend notamment le parti Podemos, est deuxième après celle du Parti populaire (20 conseillers contre 21 conseillers), mais pourrait gouverner avec l'appui du Parti socialiste (neuf sièges). Pour la capitale espagnole, gouvernée depuis 23 ans par la droite, c’est un tournant.


Le leader de Podemos, créé en janvier 2014 par un groupe d'enseignants en sciences politiques dans la continuité du mouvement des indignés, a assuré qu’il s’agissait d’un « un changement irréversible ». En ligne de mire pour toutes les formations espagnoles, les élections législatives prévues à la fin de l'année s’annoncent compliquées pour le gouvernement de droite de Mariano Rajoy


 


Éviter le piège des tractations politiciennes


Mais, les supporters du parti antilibéral pourraient cependant vite être rattrapés par la réalité des tractations qui suivront ces résultats : faute de suffrage universel direct, Ada Colau doit être investie par le conseil municipal et peut encore être renversée par une coalition d'opposants. À Madrid, le Parti populaire, qui reste en tête, mais perd 10 conseillers, a encore ses chances. « Nous devrions gouverner sauf en cas d'accord entre partis », a expliqué la tête de liste conservatrice Esperanza Aguirre.


« Si la seule façon que le PP parte c'est de conclure un accord », Manuela Carmena devrait le faire, « mais elle respectera toujours son programme, j'ai confiance en elle », affirmait une électrice de 50 ans, Ana Prada, qui disait avoir voté « pour la première fois avec joie ».


 


Fin du bipartisme espagnol ?


Sur l'ensemble du pays, la droite ne s'effondre pas, mais cède du terrain. Elle perd une région qui passe au Parti socialiste (Estrémadure, ouest) et en garde 12 sur les treize en lice, mais sans majorité absolue. Les voix du PSOE alliées à celles de Podemos dépassent souvent les siennes. « La prochaine législature municipale et régionale sera celle du dialogue et des accords », a commenté Carlos Floriano, un des dirigeants du PP, semblant entendre le message des urnes.


Pedro Sanchez, secrétaire général du Parti socialiste, a lui estimé que les Espagnols avaient montré qu'ils voulaient un coup de barre à gauche, assurant qu'il appartiendra à son mouvement de faire en sorte qu'il y ait « des gouvernements progressistes » et « un changement sûr ».


Rached Cherif


(Avec AFP)

Rached Cherif