Il y a 20 ans, Brahim Bouarram mourait noyé, tué par des militants du Front national

 Il y a 20 ans, Brahim Bouarram mourait noyé, tué par des militants du Front national

Paris-Le pont du Carrousel du Louvre- Le 1er mai 2015. Hommage à Brahim Bouarram tué


 


C'était il y a 20 ans. Le 1er mai 1995, vers 11h30, sur le pont du Carrousel du Louvre, cinq skinheads quittent la queue du cortège de la manifestation du Front national et descendent en courant vers les quais de Seine. Brahim Bouarram, un Marocain de 29 ans, épicier de son état, se balade tranquillement sur les berges. Les militants du Front national aperçoivent Brahim : trois d'entre eux se précipitent vers lui, puis le jettent dans la Seine. En quelques minutes, tout est plié.


 


Brahim Bouarram, papa de deux enfants, meurt quelques minutes plus tard, noyé. Un assassinat qui intervient quelques mois après celui d'Ibrahim Ali, un jeune de 17 ans, abattu dans le dos à Marseille le 22 février 1995, d'une balle de calibre 22 long-rifle tirée par un colleur d'affiche du FN.


Pour ne pas oublier cet ignoble assassinat, depuis 20 ans, partis de gauche, associations, militants et anonymes se donnent rendez- vous chaque 1er mai sur le pont du Carrousel du Louvre, à Paris, où a donc eu lieu le drame. « Aujourd'hui, Marine Le Pen et sa garde rapprochée tentent de faire croire que le parti a changé,  que le FN doit être considéré comme un parti respectable mais moi je sais que derrière leur discours "aseptisé", rien n'a changé au Front national. Ce sont toujours les mêmes idées de racisme, de haine de l'autre qui prévalent. Moi je n'oublierai jamais », raconte Ahmed, 63 ans et qui n'a pas raté un rassemblement en 20 ans.


Said, le fils de Brahim, n'avait que 9 ans au moment de la mort de son père.  « J'ai 29 ans aujourd'hui, le même âge qu'avait mon père quand il nous a quittés », témoigne Said, la voix remplie d'émotion.  « En 1995, j'étais trop jeune pour comprendre. C'était un acte gratuit. Il faut absolument que les associations continuent à se battre contre le racisme », continue-t-il.  « 20 ans après, j'ai toujours autant de mal à m'exprimer », dit il encore, comme pour s'excuser de ne pas pouvoir en dire plus.


A l'origine de ce rassemblement, l'association des travailleurs maghrébins de France (ATMF). François Laflahi est membre de l'ATMF. Pour "les 20 ans", il a fait le déplacement de Strasbourg. « C'était important d'être là pour cette date anniversaire. Nous étions là pour les 10 ans aussi. L'affaire de Brahim Bouarram nous rappelle la genèse du Front national. C'était il y a vingt ans, mais ça aurait pu être hier. Ça pourrait être aujourd'hui. Ça pourrait être demain, si les idées nauséabondes d'un racisme devenu finalement très ordinaire continuent d'essaimer dans notre République ». « Au jour le jour, beaucoup de nos concitoyens subissent le racisme. Sur le fronton des mairies, il est inscrit que nous sommes tous libres et égaux mais en pratique, et encore en 2015, certains n'ont pas accès à cette devise républicaine ». Avant de conclure, un peu plus optimiste : "Même si la parole raciste s'est largement libérée en France ces dernières années, ceux qui subissent les discriminations, arrivent plus facilement à parler. Alors, il faut garder espoir ». 


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.