Un roman d’amour entre une Israélienne et un Palestinien banni des programmes scolaires

 Un roman d’amour entre une Israélienne et un Palestinien banni des programmes scolaires


 


Naftlai Bennett s'est bel et bien planté: en retirant des manuels scolaires un roman relatant une histoire d'amour entre une Israélienne et un Palestinien, le ministre de l'éducation israélien a assuré une belle promotion au livre, dont les ventes ne cessent d'augmenter.


 


 


L’exclusion des programmes scolaires, par le ministère de l’éducation israélien, d’un roman relatant une histoire d’amour entre une Israélienne et un Palestinien n’en finit pas de faire polémique en Israël. Ce vendredi 1er janvier, c’est le célèbre écrivain Amos Oz qui s’est à son tour mêlé à la controverse.


Il est « plus urgent » de retirer du programme « l’étude de la Bible », a écrit avec ironie Amoz Oz dans le quotidien Yedioth Ahronoth. « En matière de relations sexuelles entre juifs et gentils [terme désignant les non-juifs], la Bible est mille fois plus dangereuse que le livre de Dorit Rabinyan », raille celui qui passe pour le plus connu des écrivains israéliens.


« Le roi David et le roi Salomon étaient coutumiers de coucher avec des étrangères sans se soucier de vérifier leur nationalité sur leur carte d’identité », ajoute Amos Oz. Le ministère de l’éducation a provoqué un tollé dans le monde culturel en écartant du programme des sections littéraires au lycée le livre de Dorit Rabinyan, publié en 2014 sous le titre Haie.


Ce roman raconte l’histoire d’amour entre Liat, une traductrice israélienne, et Hilmi, un artiste palestinien, et touche à la question délicate des rapports intimes entre Israéliens juifs et Palestiniens, sur fond de conflit persistant depuis des décennies. Pour justifier sa décision, contraire aux recommandations d’un comité de professeurs et d’universitaires, le ministère a invoqué la crainte que le livre de Dorit Rabinyan ne soit considéré comme un « encouragement aux unions entre juifs et non-juifs », qui menacent « le maintien de l’identité » juive. Naftali Bennett, ministre de l’éducation et chef du parti nationaliste religieux Foyer juif, a défendu la décision de ses services, tout en précisant ne pas y avoir pris part.


Le ministère ne forcera pas des élèves à lire un livre qui présente les soldats israéliens comme des « sadiques » et les met sur un pied d’égalité avec les « terroristes » du mouvement islamiste palestinien Hamas, a affirmé le ministre. L’autrice a répondu en accusant M. Bennett de ne pas avoir lu le livre et de sortir les phrases de leur contexte. Le ministre de l’éducation s’est aussi défendu de toute « censure ». « Quiconque veut lire ce livre peut l’acheter », a-t-il insisté.


Un conseil qui a été suivi par les Israéliens, la controverse ayant suscité une ruée sur le livre. Certaines librairies faisaient état jeudi 31 décembre d’une hausse des ventes de plus de 50 %, et l’éditeur a lancé une nouvelle impression.


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.