Pour avoir filmé la police, Amal Bentounsi a passé la nuit en garde à vue

 Pour avoir filmé la police, Amal Bentounsi a passé la nuit en garde à vue

CITIZENSIDE/JALLAL SEDDIKI


Il est 19h ce mercredi 7 juin quand Amal Bentounsi, fondatrice du Collectif Urgence notre Police assassine, sort son téléphone pour filmer une interpellation policière. "Elle se trouvait dans le quartier de La pierre-Collinet à Meaux où ma mère a grandi", détaille Hind sa fille, jointe au téléphone. "Un jeune qu'elle connaissait venait d'être arrêté", continue Hind. 


Menottée, puis emmenée sans opposer de résistance par trois policiers au commissariat de Meaux (77), Amal Bentounsi était toujours en garde à vue ce jeudi matin, comme nous l'a confirmé le commissaire.


"Nous discutons en ce moment avec le parquet pour déterminer les faits qui lui sont reprochés", nous confie-t-il. Des propos surprenants. Le commissaire confirme que des poursuites judiciaires vont être engagées contre elle. Maître Konitz, son avocat n'en sait pas plus.


L'arrestation d'Amal Bentounsi a le goût amer de l'intimidation. Cette maman de quatre enfants de 41 ans est devenue la véritable bête noire de la police.


Depuis que son petit frère Amine a été tué d'une balle dans le dos en avril 2012 à Noisy-le-Sec par Damien Saboundjan, un gardien de la paix, (ce dernier a été reconnu coupable en appel en mars dernier), Amal Bentounsi lutte quotidiennement pour dénoncer les violences policières.


En 2014, elle est poursuivie en diffamation par le Premier ministre Manuel Valls pour avoir déclaré dans une vidéo: "Vous voulez commettre des violences et crimes en toute impunité, sans jamais être inquiété ? La police recrute et la justice vous protège." Elle sera relaxée.


Son arrestation de mercredi n'inquiète pas sa fille. "Nous avons l'habitude des pressions de la police. Ma mère est une guerrière", lâche Hind fièrement.


Amal Bentounsi a été libérée ce jeudi 8 juin en fin d'après-midi. Le rassemblement initialement prévu à 18h devant le commissariat de Meaux a été annulé. "Maman est fatiguée. La nuit a été longue", précise sa fille Hind.


Nadir Dendoune

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.