Hiba Tawaji en concert à l’Olympia le 29 mai 2024

 Hiba Tawaji en concert à l’Olympia le 29 mai 2024

crédit photo : Nader Moussaly

Grande chanteuse du monde arabe, Hiba Tawaji s’est fait connaitre du grand public francophone à travers l’émission « The Voice » puis dans la comédie musicale « Notre Dame de Paris ». Lors d’un concert exceptionnel le 29 mai 2024 à l’Olympia, elle chantera son dernier album, Baad Sneen mais aussi des duos avec de nombreux guests (Ycare, Ibrahim Maalouf, etc..). Elle revient pour le Courrier de l’Atlas sur sa carrière.

Vous prévoyez un concert exceptionnel à l’Olympia le 29 mai 2024. Pourquoi avoir choisi cette salle ?

Hiba Tawaji : C’est un lieu mythique et j’avais à coeur de présenter mon premier concert solo à Paris dans cette salle. J’y ai vu de nombreux artistes que j’admire. Des légendes du monde entier et notamment du monde arabe y ont chanté aussi. C’est un rêve pour n’importe quel artiste de s’y produire.

Vous pouvez chanter en arabe et en français. Qu’allez-vous privilégier ?

Hiba Tawaji : je chanterai dans les deux langues, des chansons de mon album, de mes spectacles et comédies musicales. Des invités surprises y participeront. Ce sera un mélange de mes différentes cultures.

Comment avez-vous eu l’idée de devenir chanteuse ?

Hiba Tawaji : La musique est très présente dans ma famille de mélomanes. J’en garde une diversité musicale aux niveaux des genres ou des origines. Mes influences musicales viennent de là. Le lien passe aussi par le Liban et son ouverture au monde. Depuis mes 12 ans, je prends des cours de solfège et de chant. A l’université, je m’oriente vers les arts du spectacle et la communication mais je suis rattrapée par ma passion. Le chant était d’abord un plaisir personnel quand j’étais jeune. Très vite, je voulais échanger ma passion avec un public qui apprécie ce que je fais. Ma rencontre avec mon producteur Oussama Rahbani en 2007, va être déterminante. Depuis, on enchaine les collaborations.

Vous travaillez depuis 15 ans avec Oussama Rahbani qui va diriger musicalement le concert à l’Olympia. Comment nait cette collaboration ?

Hiba Tawaji : J’ai rencontré Oussama à l’âge de 18 ans par l’intermédiaire d’une amie danseuse de ces spectacles. J’ai fait une audition et il perçoit en moi l’envie, la volonté et un potentiel artistique. Pendant un an, je suis entourée par des coachs vocaux. Il m’apprend beaucoup de choses et m’a proposé le premier rôle dans sa comédie musicale, le retour du Phénix. Cela ressemble plus à un opéra d’ailleurs avec un livret écrit par Mansour Rahbani. Les collaborations s’enchainent avec 5 comédies musicales et 5 albums. Ca continue car on est d’accord sur les grandes lignes. Il croit en moi et me défie pour aller plus loin. On a des similarités dans nos goûts musicaux. Le public apprécie ce travail commun. C’est un vrai producteur qui connait les détails.

Etes-vous perfectionniste ?

Hiba Tawaji : C’est mon défaut (rires) !

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Hiba Tawaji en concert le 29 mai 2024 à l'Olympia

crédit photo : Nader Moussaly

Vous participez à un concert pour les femmes en Arabie Saoudite en 2017. Pourquoi ce choix ?

Hiba Tawaji : C’était le premier concert d’une femme qui se produit publiquement en Arabie Saoudite. Je représentais un symbole après une chanson qui a pris de l’ampleur durant cette période. Dans la chanson, j’indiquais que j’étais une femme libre, que je choisissais mon destin. Les paroles résonnaient fort avec l’évolution. Dans la salle, il n’y avait que des femmes qui chantaient de tout leur coeur. J’ai ressenti que la musique pouvait changer les choses, avoir de l’impact pour exprimer fort. Je l’ai vu comme un pas historique pour ces femmes. Je le garde en mémoire comme un moment de fierté.

Vous étiez connus au Liban et dans le monde arabe. Pourquoi avoir choisi de vous lancer dans l’aventure « The Voice » ?

Hiba Tawaji : Je n’en avais pas en tête de participer au concours. Le directeur de casting m’appelle et me propose d’y participer. J’avais déjà un public et j’ai d’abord refusé. J’ai commencé à douter et me suis dit que la chanson française m’a accompagné depuis longtemps. J’avais aussi un public francophone au Liban. « The Voice » me permettait d’avoir de la visibilité également en France. Je préférais avoir des regrets que des remords. J’accepte alors ce pari et ne regrette pas du tout. Ensuite, je chante dans « Notre Dame de Paris » depuis 2016 qui parcourt le monde en tant qu’Esmeralda.

Avez-vous un lien fort avec le personnage d’Esmeralda ?

Hiba Tawaji : J’écoutais déjà le spectacle au Liban depuis longtemps. J’ai des points communs avec ce personnage. C’est une femme libre qui a des principes et des valeurs de liberté, de solidarité au sein d’un monde très masculin. C’est  un personnage dynamique et solaire. Elle est, tout de même, plus impulsive que moi (rires) !

Avez-vous l’impression de modifier votre interprétation selon que c’est en arabe ou dans d’autres langues ?

Hiba Tawaji : Je suis la même quelque soit la langue. La langue arabe porte ses propres codes et sa propre culture. Ca peut influencer la manière de s’exprimer mais je sais m’adapter et rester la même.

Hiba Tawaji en concert à l'Olympia le 29 mai 2024

crédit photo : Nader Moussaly

Vous êtes maman de deux enfants. Cela change t’il votre perception de votre métier ?

Hiba Tawaji : Cela m’a appris à être plus cool et plus libre. J’apprends à apprécier un peu plus les choses, à être dans l’authenticité. Le fait d’être maman m’apporte des envies à aller plus loin. Les thèmes de chansons ont changé aussi. En tant que maman, ça modifie les priorités dans la vie.

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Votre pays, le Liban, se retrouve dans une période de grandes tensions avec ce qui se passe à Gaza. Comment percevez-vous cette situation ?

Hiba Tawaji : De loin, on est inquiet. Toute ma famille et ma vie est là-bas. J’ai un grand attachement avec mon pays d’origine que je souhaite transmettre à mes enfants. Toutefois, j’ai de l’espoir. Ce qui nous permet de tenir, en tant que Libanais, c’est le fait de croire qu’il va y avoir une lumière au fond de ce tunnel, une lueur d’espoir.

Comment percevez-vous l’engagement de l’artiste avec le monde qui nous entoure ?

Hiba Tawaji : Mes chansons expriment des messages par rapport à l’amour, au Liban, à la femme, l’exil, l’injustice, la corruption. On retrouve toujours des thèmes forts. Je ne peux pas me cacher les yeux et les oreilles. Je suis sensible à ce qui se passe autour de moi. C’est important d’exprimer et de dire ce que les autres ne peuvent pas. Mon but reste l’être humain et de communiquer des sentiments.

Concert Exceptionnel d’Hiba Tawaji à l’Olympia le 29 mai 2024, direction musicale Oussama Rahbani. Première partie : Madame Monsieur.

Hiba Tawaji en concert le 29 mai 2024 à l'Olympia

crédit photo : Nader Moussaly

Yassir Guelzim

Yassir GUELZIM

Journaliste, auteur et réalisateur, Yassir Guelzim évolue depuis plus de vingt-cinq ans entre presse écrite, radio, télévision et documentaire. La constante de son parcours : décrypter les dynamiques politiques, les sociétés en mouvement et les fractures du monde contemporain.Collaborateur du courrier de l'atlas depuis 2017, il a également travaillé en tant que journaliste à LCI pendant près de quinze ans mais aussi France 3, RMC Moyen-Orient–RFI, France Inter et France Culture, couvrant notamment les élections marocaines de 2002 et de nombreux enjeux liés au monde arabe et à l’espace méditerranéen.Son travail s’est progressivement étendu à l’écriture et à la réalisation documentaire. Co-auteur et co-réalisateur de L’Archipel des Français Libres (France 5, 2021), il explore les mémoires maritimes et les trajectoires méconnues de l’histoire française. L’ouvrage tiré du film reçoit une mention du jury du Prix Étienne Taillemite en 2023. En 2024, il signe également La Prohibition Américaine, une aubaine française, diffusé sur France 5 dont un ouvrage aux éditions Mon Autre France sortira en octobre 2026.Fondateur de la société Mediterranean Press TV News Production, qu’il dirige pendant dix ans, il produit des reportages et documentaires diffusés sur Arte, France 24, Al Jazeera ou Sky News Arabic.Diplômé du département de Sciences Politiques de Paris La Sorbonne et de l'Université de sciences économiques de Montpellier I, Yassir Guelzim conjugue regard analytique, rapport économique et exigence narrative. Spécialisé sur l'économie, il peut aussi traiter de questions politiques, géopolitiques ou sociétales. Ses articles et interviews interrogent les rapports de pouvoir, les identités politiques et les mutations géopolitiques, avec une attention particulière portée sur le Maroc, l'Afrique, le Proche-Orient et les sociétés méditerranéennes.