Kabylie. Un « pyromane présumé », massacré puis brûlé par la foule

 Kabylie. Un « pyromane présumé », massacré puis brûlé par la foule

Djamel Bensmail, 35 ans, mort après avoir été lynché puis brûlé vif par la foule, le 11 août 2021, en Kabylie.

Les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux sont insoutenables. On y voit le corps d’un homme en flamme, Djamel Bensmail, 35 ans, en train de se consumer, la foule qui exulte tout autour de lui. Alors que le feu a fini par s’éteindre, laissant apparaitre les cendres sur ce corps calciné, un homme s’approche et lui tranche la gorge.

 

Une scène de barbarie d’un autre temps, qu’on croyait révolue et qui a eu lieu en pleine journée, ce mercredi 11 août, au centre-ville de Larbaa Nath Irathen, un village situé dans la wilaya de Tizi-Ouzou en Kabylie. Certains locaux soupçonnaient Djamel Bensmail d’être un pyromane.

Depuis le 9 août, la Kabylie est touchée par de graves incendies, qui seraient selon plusieurs sources d’origine criminelle et qui auraient coûté la vie à des dizaines de personnes.

La commune de Larba Nath Irathen compterait selon les médias locaux plusieurs morts et des dizaines de blessés.

« Il a brûlé toutes nos familles, pourquoi on va le laisser en vie ? », aurait lâché, selon les médias locaux, l’un des barbares présumés.

D’après les médias locaux, Djamel Bensmail, originaire de Milina, ne serait pas un pyromane et serait venu en Kabylie prêter main forte aux habitants touchés par les incendies.

>>Lire aussi : Kabylie : Des scènes d’apocalypse dans les villages

Ce mercredi 11 août, Djamel Bensmail aurait été d’abord alpagué par des habitants, avant que la police ne l’arrête à son tour. Voulant se faire justice soi-même, une centaine de jeunes en colère aurait alors extirpé de force le trentenaire du fourgon avant de le lyncher à mort puis de brûler son corps à quelques centaines de mètres du commissariat.

Un acte horrible et condamné très vite par l’ensemble de la classe politique.

Dans une vidéo le père de Djamel Bensmail a répété que son fils « est un martyr ». « Mon fils est un héros, je suis fier de lui », a-t-il ajouté avant de déclarer : « Je n’en veux pas aux Kabyles. Les Kabyles sont mes frères ».

Le réalisateur algérien Bachar Derrais a tenu également à réagir sur sa page Facebook en apprenant la terrible nouvelle.

« Hier, un drame s’est produit en Kabylie, un innocent a été lynché et brûlé vif, l’irréparable a été commis à 1 mètre d’un commissariat de police ». Puis, le cinéaste a tenté de comprendre pourquoi une telle ignominie avait pu arriver : « Tout le pays s’est enflammé mais l’état est absent à cet instant, aucune communication officielle, ni du ministère de l’intérieur, ni du procureur de la république ni de la Wilaya.  L’état a perdu sa langue, il ne sait plus communiquer, il laisse la place à la rumeur, à la folie, à la spéculation. Le peuple algérien à l’impression d’être livré à lui même, qu’il n’est plus gouverné. L’acte barbare d’hier prouve que la société dont une bonne partie vit une dépression, ne fait confiance, ni à la justice, ni aux services de sécurités, ni à aucune autre quelconque institution. Les masses populaires, dominées par l’émotion, la fatigue,  et l’impuissance devant l’ampleur des feux et le désir de vengeance  comme partout dans le monde, jouent aux justiciables. Les images sont violentes, insoutenables, dramatiques, copie conforme aux publications d’une bonne partie de la population sur les réseaux sociaux, notamment  les jeunes  générations, une toile marquée par un vocabulaire haineux agressif, irrespectueux étrange à nos habitudes ». Avant de conclure : « Cet acte barbare va nous hanter encore jusqu’à le restant de nos jours ». 

Ce jeudi 12 août, le parquet de la République a ordonné l’ouverture d’une enquête sur les circonstances et les circonstances de l’affaire, « pour révéler l’identité des acteurs et les traduire en justice pour obtenir leur stricte sanction, conformément aux lois de la République, afin que ce crime odieux ne soit pas impuni ».

> Lire aussi : Quatre morts et trois blessés dans des incendies en Kabylie

 

 

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.