Kabylie : Des scènes d’apocalypse dans les villages

 Kabylie : Des scènes d’apocalypse dans les villages

Les incendies du début d’été 2022 réveillent en Algérie le souvenir des feux de forêt apocalyptiques de 2021

Des victimes (plusieurs dizaines de morts) en Kabylie, de la solidarité pour les rescapés, des scènes de terres brulées,… Un habitant, Yacine Madouche, enseignant universitaire en management à l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou et habitant du village d’Aourir Nath Ghouvri revient sur la situation sur place.

Les habitants de la région ont déjà eu à subir des premiers incendies le 24 juillet dans la commune d’Ifigha. Ils avaient alors rasé une partie de la forêt entre cette commune et Tala Gaala. « On enregistre un peu partout des feux, à l’accoutumée de la saison estivale avec les canicules. Cette fois-ci, on annonçait une vague de forte chaleur. Dés le début des feux, on aurait dit des feux d’artifices. Le ciel s’est couvert de fumée. Le soleil était à peine perceptible. Les journées ressemblaient à des journées d’éclipse. »

Yacine Madouche  nous indique que plusieurs villages sont touchés par les incendies dans la wiliya de Tizi Ouzou mais aussi sur celle de Bejaia. « Les dégâts sont variables. Cela va des décès hélas mais aussi des  pertes des exploitations agricoles de tous genres (oliviers, cerisiers, figuiers, ruches, élevages) à des conséquences plus malheureuses avec des dégâts matériels. Mon village, Aourir Nath Ghouvri est réduit en cendres à 70%. Ces feux, c’est aussi la disparition d’un patrimoine culturel, biologique et humain millénaire qui part en fumée. »

village en kabylie
Village sinistrée en Kabylie (DR)

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Solidarité et entraide en Kabylie

Dans cette situation d’urgence, la communauté algérienne souhaite aider sans savoir ce qu’il convient de faire, alors que le pays est également touché par une vague de la pandémie Covid-19 sans précédent. « Les quantités d’eau sont suffisantes pour plusieurs jours, nous indique Yacine Madouche. Les denrées alimentaires, de couvertures et de linge également. Malheureusement des fois, ce sont plusieurs villages à proximité qui sont ravagés par les flammes. Dans les victimes, on retrouve des femmes, des enfants mais aussi des éléments de la protection civile et même des soldats de l’ANP. Il faut saluer leur bravoure pour essayer de sauver des vies. »

La solidarité joue à plein régime. « Il nous faut voir au delà de l’immédiat, nous indique l’enseignant universitaire. Les comités de villages se mobilisent pour les familles sinistrées. Ils reçoivent des dons. La priorité est le relogement des villageois. C’est une perte totale pour eux. Leurs sources de revenus sont nulles. Les associations tentent d’acheminer des aides aux villages les plus touchées. 3 caravanes sont en route pour la wilaya de Tizi Ouzou. Chapeau bas aux jeunes mais aussi aux opérateurs économiques locaux qui ont assuré la logistique en matière d’eau vers les foyers de feux. »

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Des relogements à gérer en priorité

La situation en Kabylie inquiète le professeur universitaire. Pour lui, il est urgent que « la wilaya soit reconnue comme sinistrée. Il faut arriver à toucher les communes de l’ensemble de la région. Bien, au delà des incendies, des villages étaient à genoux à cause du Covid. »

Rappelant le sinistre souvenir des victimes du séisme de Boumerdes en 2003, la préoccupation majeure reste de pouvoir se reloger. Pour Yacine Madouche, « il faut recenser communes par communes les familles à reloger en urgence. Les paysans ont besoin d’accompagnement et d’indemnisation. Il faut éviter que la rentrée de septembre soit aggravée par ces incendies. »

 

 

Yassir Guelzim

Yassir GUELZIM

Journaliste, auteur et réalisateur, Yassir Guelzim évolue depuis plus de vingt-cinq ans entre presse écrite, radio, télévision et documentaire. La constante de son parcours : décrypter les dynamiques politiques, les sociétés en mouvement et les fractures du monde contemporain.Collaborateur du courrier de l'atlas depuis 2017, il a également travaillé en tant que journaliste à LCI pendant près de quinze ans mais aussi France 3, RMC Moyen-Orient–RFI, France Inter et France Culture, couvrant notamment les élections marocaines de 2002 et de nombreux enjeux liés au monde arabe et à l’espace méditerranéen.Son travail s’est progressivement étendu à l’écriture et à la réalisation documentaire. Co-auteur et co-réalisateur de L’Archipel des Français Libres (France 5, 2021), il explore les mémoires maritimes et les trajectoires méconnues de l’histoire française. L’ouvrage tiré du film reçoit une mention du jury du Prix Étienne Taillemite en 2023. En 2024, il signe également La Prohibition Américaine, une aubaine française, diffusé sur France 5 dont un ouvrage aux éditions Mon Autre France sortira en octobre 2026.Fondateur de la société Mediterranean Press TV News Production, qu’il dirige pendant dix ans, il produit des reportages et documentaires diffusés sur Arte, France 24, Al Jazeera ou Sky News Arabic.Diplômé du département de Sciences Politiques de Paris La Sorbonne et de l'Université de sciences économiques de Montpellier I, Yassir Guelzim conjugue regard analytique, rapport économique et exigence narrative. Spécialisé sur l'économie, il peut aussi traiter de questions politiques, géopolitiques ou sociétales. Ses articles et interviews interrogent les rapports de pouvoir, les identités politiques et les mutations géopolitiques, avec une attention particulière portée sur le Maroc, l'Afrique, le Proche-Orient et les sociétés méditerranéennes.