« La Daronne », un cinéma qu’on aimerait ne plus voir

 « La Daronne », un cinéma qu’on aimerait ne plus voir

« La Daronne », un film de Jean-Paul Salomé avec Isabelle Huppert, sorti le 9 septembre 2020.

On s’attendait à pas grand-chose en découvrant la bande annonce du film La Daronne, mais difficile de juger un film sur quelques extraits, alors on s’est sacrifié. 

 

« La Daronne », de Jean-Paul Salomé, sorti le 9 septembre, avec Isabelle Huppert en rôle principal, une dealeuse sapée en musulmane (une première !) est un film assez médiocre doté d’un scénario bancal, un long métrage français (un de plus) qui véhicule les pires clichés sur la communauté musulmane. Une comédie pas drôle du tout qui ne divertit même pas. Vite vu (1h46 quand même !), vite oublié.

 

L’histoire (quand même)

Après la mort de son mari, Patience Portefeux (Isabelle Huppert) a dû élever seule ses deux filles. Aujourd’hui, elle prend soin de sa mère pas en super forme et qui séjourne dans un Ehpad à 3 200 balles le mois. Patience est une interprète judiciaire franco-arabe, spécialisée dans les écoutes téléphoniques pour la brigade des Stups à Paris.

Pour mettre du piment dans le scénario, elle couche avec son boss, rôle interprété par Hippolyte Girardot. Patience a un métier prenant. Elle passe ses jours et ses nuits, le casque collé aux oreilles à traduire des écoutes téléphoniques. Un jour, Patience qui parle arabe comme l’imam de Drancy parle français, découvre que le fils de l’aide-soignante, une maman maghrébine qui s’occupe admirablement de sa mère à l’Ehpad, est impliqué dans le transport d’une cargaison de cannabis entre l’Espagne et la France.

Cœur sur la main, et mettant son intégrité de côté, Patience décide de sauver le fiston en prévenant la maman que les flics sont sur les côtes du gamin. Le dealer, un jeune « rebeu », la vingtaine, en panique, arrive à cacher le matos in-extremis avant d’être arrêté par les condés.

Ce sont alors des tonnes d’haschich planquées un peu à l’extérieur de Paris que va récupérer Patience. Une cargaison qui tombe à pic pour elle. La daronne a besoin de fric pour payer l’Ehpad de sa daronne ! Alors elle se transforme en vendeuse de drogue. Elle excelle dans ce domaine, on se demande où elle a appris à le faire, tellement on dirait qu’elle a fait ça toute sa vie !

Pour passer incognito, « l’héroïne » aurait pu mettre un chapeau et des lunettes pour écouler la marchandise, ou se raser les cheveux, se les teindre, enfiler une perruque etc. Ben non !  Pour ne pas se faire remarquer !, elle préfère se déguiser en musulmane glamour et clinquante. Pas grave si quand elle se balade dans la rue, on ne voit qu’elle. Il n’y a que la police qui ne fait pas gaffe à elle et qui ne l’arrêtera jamais.

 

Clichés

On connaissait au cinéma les hommes noirs et arabes vendeurs de came, les filles noires et arabes dealeuses (voir Divines), il nous manquait les daronnes musulmanes trafiquantes de drogue. C’est fait ! Prochain film, inchallah ! : les chibanis vendeurs d’héroïne…

Dans ce long métrage où les gags s’enchaînent péniblement, les dealers, les hommes, sont tous sans exception « arabes ». Pour « mettre de la nuance », on a placé parmi eux, deux cailleras gentils (les autres sont des barbares).

Les deux jeunes en question, Scotch et Chocapic dealent, c’est vrai, mais tu sens qu’ils ne sont pas méchants, qu’ils ont du cœur. Moralité : on peut vendre de la mort et être sympa quand même. Mi-ange, mi-démon.

Tous les policiers sont blancs. Et ils sont plutôt gentils eux aussi. Quelques fois pour faire crédible, ils mettent quelques gifles mais pas trop. Faut pas brusquer le téléspectateur.

Un film d’1h46 qui alimente les pires fantasmes communautaires. Du déjà vu donc, sans intérêt. Pour finir, celle qui blanchit l’argent pour Patience (elle finit par acheter un super appartement à ses filles), est une de ses voisines, une discrète asiatique. Comme par hasard ! Seule déception : aucun cliché sur les Noirs.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.