Hommage à Leïla Shahid : l’IMA baptise sa bibliothèque à son nom et Mahmoud Abbas lui décerne l’« Étoile de Jérusalem »

 Hommage à Leïla Shahid : l’IMA baptise sa bibliothèque à son nom et Mahmoud Abbas lui décerne l’« Étoile de Jérusalem »

À l’Institut du monde arabe, une cérémonie rend hommage à Leïla Shahid, dont le portrait est projeté derrière les intervenants réunis sur scène. © Nadir Dendoune

L’émotion était à la hauteur de la figure honorée. À l’Institut du monde arabe (IMA), ce mardi 31 mars, la salle comble a dû refuser du public venu saluer Leïla Shahid, disparue le 18 février à 76 ans. Une affluence exceptionnelle, signe de l’empreinte durable laissée par celle qui fut l’une des voix les plus fortes de la cause palestinienne en Europe.

Première femme à représenter l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l’étranger dès 1989 — successivement en Irlande, aux Pays-Bas et au Danemark —, Leïla Shahid a ensuite marqué la scène diplomatique française comme déléguée générale de la Palestine de 1993 à 2006, avant de poursuivre son engagement à Bruxelles auprès de l’Union européenne jusqu’en 2015.

Un mot d’humanité

La cérémonie parisienne, à la fois solennelle et intime, a été marquée par deux annonces fortes. La nouvelle présidente de l’Institut, Anne-Claire Legendre, a révélé que la bibliothèque de l’IMA serait désormais baptisée à son nom, inscrivant ainsi son héritage dans la durée. Dans un discours poignant, elle a salué « un mot fragile et puissant à la fois […] que tu incarnais si bien […] ce mot d’humanité », évoquant une femme qui « n’a jamais cessé de tracer […] le chemin d’humanité ».

 

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Une voix qui demeure

Dans la même soirée, l’ambassadrice de Palestine en France, Hala Abou Hassira, a rappelé la portée du combat de son aînée : « Leïla Shahid n’était pas simplement une ambassadrice. Elle était une voix claire, ferme […] qui rappelait inlassablement qu’un peuple existe, qu’une injustice persiste et que la dignité ne se négocie pas. »

Point culminant de l’hommage : le président Mahmoud Abbas a décidé de lui décerner, à titre posthume, la plus haute distinction palestinienne, l’« Étoile de Jérusalem », saluant « la fille de Jérusalem et la fille de la Palestine ».

Étaient également présents la réalisatrice franco-marocaine Simone Bitton, l’écrivain franco-palestinien Karim Kattan, le diplomate Majed Bamya, ainsi que les historiens Elias Sanbar et David Lemire. Les prises de parole ont été suivies de chants et de lectures de poèmes.

Au fil des discours, entre souvenirs et engagements réaffirmés, une même idée s’est imposée : celle d’un héritage politique et moral. « Tu nous laisses une exigence, celle de ne pas céder », a conclu l’ambassadrice.

Dans une salle trop petite pour contenir tous ceux venus lui rendre hommage, Leïla Shahid aura, une dernière fois, rassemblé bien au-delà des murs.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.