Samira Bellil, l’auteure de « Dans l’enfer des tournantes », aurait eu 47 ans

 Samira Bellil, l’auteure de « Dans l’enfer des tournantes », aurait eu 47 ans


Samira Bellil aurait eu 47 ans. L’auteure de « Dans l’enfer des tournantes » est morte à 31 ans d’un cancer de l’estomac le 4 septembre 2004.


« Samira était une tornade de bon sens, de bienveillance et de détermination. Moi môme de 15 piges à l’époque, si je n’avais jamais croisé ce regard et cette voix, ma vie aurait très probablement pris un tournant plus dramatique », témoigne encore très émue Sarah Lebailly éducatrice. « C’est grâce à son livre que j’ai eu mon premier déclic de survie. J’ai décidé de créer alors un collectif “Filles aujourd’hui, femmes demain” au sein de la maison de quartier de Saint-Brieuc », raconte la jeune femme, aujourd’hui âgée de 33 ans.


Samira Bellli est née le 24 novembre 1972 en Algérie. Elle est placée quelques années en nourrice en Belgique, puis rejoint sa famille en Seine-Saint-Denis. Sa mère est femme de ménage, son père ouvrier dans une usine de cartonnages.


En octobre 2002, elle sort « Dans l’enfer des tournantes ». Elle y raconte la violence d’un père, les nombreux viols dont elle est victime dans son quartier. Malgré ce qu’elle a vécu, celle qui était devenue éducatrice s’appliquait toujours à défendre la banlieue. « La cité, c’est plein de gens formidables qui essaient de s’en sortir courageusement. Car tous les petits gars de chez nous ne sont pas des violeurs, loin de là. », aimait-elle rappeler.


Le jour de son enterrement le 10 septembre 2004, près d’un millier de personnes sont présentes. La famille et les proches avaient voulu que, pour ce dernier hommage, le cortège soit vêtu de blanc. « Je me souviens comme si c’était hier. C’était le lendemain de mes 18 ans », se remémore Sarah Lebailly.


« Elle était la définition du mot détermination même. Et quand je l’ai connue et qu’elle m’a prise sous son aile, même quand je faiblissais, elle me rattrapait. Elle a laissé une trace dont on doit toutes et tous se saisir », insiste Sarah.


« C’était son anniversaire il y a deux jours. On doit parler d’elle, de ce qu’elle a apporté. Ne jamais oublier.


Je me battrai toujours pour honorer sa mémoire et son combat », conclut déterminée Sarah.

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.