« Ne me libérez pas je m’en charge ! », un magnifique spectacle qui rend hommage à la femme algérienne

 « Ne me libérez pas je m’en charge ! », un magnifique spectacle qui rend hommage à la femme algérienne

L’entrée du Cabaret Sauvage en juillet 2020 à Paris ALAIN JOCARD AFP/Archives

A 85 ans, ma mère, Messaouda Dendoune, en a vu des spectacles ! Et le dernier en date au Cabaret Sauvage à Paris, « Ne me libérez pas je m’en charge ! » a été validé par elle à 500%.

 

« C’est le meilleur que j’ai vu », m’a-t-elle bonnement répété tout sourire à la fin de ce show musical. Effectivement, pendant deux heures, on en prend plein les yeux et les oreilles, ou comment passer un bon moment tout en se cultivant.

Sur scène, un orchestre, accompagné de trois chanteuses, Nadia Ammour, Samia Diar et Tanina Cheriet, la fille d’Idir que ma mère a tout de suite reconnue, et qui fait office également de conteuse.

L’histoire que Tanina Cheriet nous raconte est celle de l’immigration algérienne de 1950 à nos jours, par le prisme de la femme et loin des clichés habituels. « En plus, ils ont choisi les meilleurs chanteurs », s’est enthousiasmé ma mère.

Nadia Ammour, Samia Diar et Tanina Cheriet reprennent magnifiquement les tubes des chanteuses Noura, Cheikha Rimiti, Cherifa ou Hanifa, mais aussi des chanteurs tels que Slimane Azem, Cheikh El Hasnaoui ou Idir.

Tous ces artistes, qui ont accompagné des centaines de milliers de familles algériennes dans leur exil, n’ont cessé de se battre en faveur de l’émancipation des femmes.

En rentrant chez elle le soir, ma mère m’a dit en kabyle : « Je suis analphabète comme tu le sais, mais si j’étais allée à l’école, j’aurais aimé écrire le même spectacle. C’est une partie de ma vie qui a été racontée. Je suis en France depuis 60 ans, et c’est la première fois qu’on rend hommage de cette manière à la femme algérienne. Trop de gens pensent qu’on n’a pas de personnalité, qu’on s’est laissées faire. Mais ce n’est pas vrai : nous avons été beaucoup à relever la tête. Les Algériennes sont des femmes fortes. Nos maris ont souvent joué les durs à cause de la tradition, mais on a fini par tous les dresser ». 

Les femmes algériennes ont été également des héroïnes pendant la guerre d’indépendance. A la libération, les dirigeants algériens l’ont vite oublié en les privant de leurs droits les plus fondamentaux, en les enfermant dans un statut de mineure à vie, « récompensant », leur bravoure, en faisant voter en 1984 un code de la famille aux relents moyenâgeux. Un code certes révisé en 2005, mais qui existe encore aujourd’hui.

« Plus invisible que le travailleur immigré, il y a sa femme », peut-on souvent entendre de la bouche de certains militants. « Ne me libérez pas je m’en charge ! » rétablit un peu la donne, même si le chemin est encore long…

Un spectacle à voir absolument.

« Ne me libérez pas, je m’en charge ! », jusqu’au 28 septembre 2021 au Cabaret sauvage. 

Le mercredi, jeudi, vendredi, samedi et le dimanche. Horaires : Du mercredi au samedi : 20h / Les dimanches : 17h

Sur une idée originale de Méziane Azaïche. Spectacle écrit par Naïma Yahi, mise en scène Méziane Azaïche et Géraldine Bénichou. Avec Tanina Cheriet, Nadia Ammour, Samia Diar, Amar Chaoui, Abdenour Djemaï, Rafik Korteby, Hichem Takaoute. Direction musicale : Nasredine Dalil.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.