Tunisie – Maya Jribi s’affirme en chef de l’opposition parlementaire

 Tunisie – Maya Jribi s’affirme en chef de l’opposition parlementaire

Maya Jribi assume pleinement son rôle d’opposante

Dans le petit carré réservé aux 16 élus du Parti Démocratique Progressiste (PDP), une femme en particulier attirait l’attention par son sang-froid et sa dignité, plus encore que par son non port du voile. Dans le chahut ambiant provoqué lors de la séance d’hier mardi par ses camarades visiblement encore aigris par l’ampleur de leur défaite électorale inattendue, cette militante historique s’est démarquée par un sens impressionnant de la maîtrise de la parole politique.

Bien droite dans ses bottes mais aussi dans son propos, chemise et costume masculins comme à son habitude, Maya Jribi a d’abord pris la parole pour présenter sa candidature à la présidence de l’Assemblée nationale constituante, poste pour lequel la controversée Souad Abderrahim d’Ennahdha fut un temps pressentie.

La secrétaire générale du parti démocratique progressiste s’est donc présentée contre Mustapha Ben Jaâfar, largement favori. « Elle n’a que plus de mérite », disent ses partisans, qui soulignent qu’une fois de plus que, comme du temps de la dictature, la « militante née » comme elle se définit elle-même, ne recule devant aucun défi.

Déterminée, Maya Jribi a affirmé devant l’assemblée constituante vouloir démontrer à travers sa candidature que « le temps de la pensée unique est désormais révolu ». « Il ne saurait y avoir de démocratie sans pluralisme, de pouvoir sans contre-pouvoir » a-t-elle ajouté, très applaudie.

Un autre élu de la constituante, Mohamed Braham, avait aussi présenté sa candidature à la présidence de la constituante, avant de la retirer. En se présentant pour une candidature désespérée qui obtiendra au final tout de même 68 voix, contre 145 pour Ben Jaâfar, c’est donc Maya à elle seule qui évite par un geste politique courageux à l’Assemblée de se retrouver avec une candidature unique. Ce qui aurait été une assez fâcheuse image pour commencer un cheminement démocratique.

68 voix qui donnent malgré tout une légitimité et un poids bien réels à l’opposition moderniste incarnée avec force et abnégation par l’égérie du PDP.

Stoïque, même dans la défaite

Sur sa page Facebook officielle, elle commentait au soir de la journée historique d’hier :

« J’ai vécu l’inauguration de l’Assemblée nationale constituante avec beaucoup de fierté en tant que Tunisienne qui retrouve son droit à la dignité, grâce, précisément, à la Révolution du 14 janvier 2011.

Aujourd’hui, c’est la consécration du scrutin du 23 octobre. On ne peut qu’avoir une pensée pour ceux qui se sont sacrifiés pour que la Tunisie accède à la liberté. Notre responsabilité est très lourde en vue de mettre fin à toutes les formes de dictature et despotisme.

Notre parti, le PDP, assumera pleinement sa responsabilité en matière d’instauration de la démocratie.

Pour ce qui est de l’accord signé, lundi soir, par la troïka, j’estime qu’il est normal et légitime que les partis vainqueurs coalisent et s’entendent sur un plan d’action commun.

Cependant, je me pose la question : pourquoi cet accord a tardé à se faire connaître et pourquoi toute cette opacité et ces négociations en catimini ? »

Une façon sans doute pour elle de fustiger, non sans la subtilité qu’on lui connait, l’exclusion de sa famille politique des négociations en vue d’un partage du pouvoir.

C’est que la rupture avec le frère ennemi d’Ettakatol (FDTL) était consommée dès le lendemain de la révolution, le PDP étant jugé comme opposition trop molle vis-à-vis du système par un FDTL qui avait déjà choisi de rejoindre un Conseil de la protection des objectifs de la révolution, plutôt que de rejoindre un gouvernement provisoire.

Notons que, visionnaire, Maya Jribi n’avait pas à titre personnel souhaité rejoindre le gouvernement, se plaçant en porte-à-faux de la politique voulue par le chef du parti, Néjib Chebbi.

Mais il en faut plus pour décourager cette pasionaria du combat politique. Elle incarne aujourd’hui et assume pleinement son rôle d’opposante, voire de future chef de fil de la nouvelle opposition.

C’est reparti pour un tour donc, quitte à endosser le rôle cette fois d’éternelle opposante selon les médias locaux les plus pessimistes pour le devenir du PDP. « Aucun problème » rétorque l’intéressée, encore plus stoïque dans l’épreuve.

Seif Soudani

Seif Soudani