Banlieues Santé aux petits soins avec nos malades

 Banlieues Santé aux petits soins avec nos malades

Archives personnelles d’Abdelaali El Badaoui


Ils sont 5000 sur toute la France. Infirmiers, médecins et bénévoles travaillent d’arrache-pied pour le bien-être des chibanis, personnes fragiles ou âgées. En prenant en compte les besoins médicaux des habitants de banlieue, l’association remplit un rôle d’utilité publique et d’intérêt général.


«Parlez du travail de nos bénévoles plutôt que de moi ! Notre travail est plus important que ma simple personne.» C'est dans ces termes plein de modestie que le franco-marocain, originaire de Ouarzazate, Abdelaali El Badaoui aime que l’on mette en avant le travail d’intérêt général de Banlieues Santé, l’association qu’il a créée en juin 2018 de manière officielle. L’idée de départ est assez simple d’ailleurs : « En tant qu’infirmier, j’ai voulu m’engager pour lutter contre les inégalités sociales de la santé. Cela fait 15 ans que l’on travaille sur ces questions. Avec les 5000 bénévoles sur le territoire Français, on a créé des solutions d’inclusion sociale avec de nombreux acteurs de la santé qui s’engagent sur ces thématiques. »


Au téléphone, on le sent courir d’un endroit à l’autre. Il faut dire que l’ancien coureur de fond, vice-champion d’Europe junior de cross par équipe, a de la route à faire. S’il donne un colis alimentaire, il se doit de repartir aussi vite pour prodiguer des soins à une femme âgée. « J’ai eu un accident de la vie comme ça peut arriver à tous. J'ai, à ce moment, été frappé par les inégalités sociales face à la santé. Mes parents d’origine marocaine ne parlaient pas français. J’ai vu dans leurs yeux leurs inquiétudes. »


Passé par le poste d’Agent de Service Hospitalier (ASH) pendant 8 ans, il remarque que l’on fait souvent appel à lui pour de l’interprétariat et de la traduction. Il décide alors de devenir infirmier. « Avec les bénévoles, nous allons voir les personnes malades et ensemble nous essayons de comprendre leurs problèmes. On les résout car nous pouvons avoir des solutions pour eux. On construit la santé de demain avec eux. »


Partisan du bien-être dans le corps et l’esprit, les bénévoles tentent de rendre les personnes fragiles autonomes afin qu’ils se sentent mieux. « On va sur le terrain avec des professionnels de santé. On fait des groupes de travail pour comprendre leurs besoins. On a des actions de prévention auprès des publics fragiles : des chibanis, des personnes âgées, etc. »


Souhaitant rendre les personnes malades « acteurs de leur vie », Banlieues santé leur facilite aussi les petits soucis du quotidien. « Ca peut aller des nouvelles technologies aux approches de santé publique, aux missions thérapeutiques. Par exemple dans le cadre d’une campagne de lunettes pour tous, on a ramené 200 chibanis pour faire une consultation ophtalmologique. 85% d’entre eux avaient besoin d’une paire de lunettes et les 15% restants avaient besoin d’être opérés.»


Le facteur culturel et d’exclusion sociale fait que souvent les personnes malades méconnaissent le système de santé. « C'est un tout. Il y a de la superstition. Si l’on parle de la maladie, on risque de l’attraper. Il existe aussi une défiance des messages des institutions publiques. Pourtant, les chibanis sont ceux qui ont énormément cotisés pour leurs droits sociaux. Ce sont ceux qui les ont le moins utilisés. Ils préfèrent rester en retrait. Cela a souvent eu pour conséquence d’aggraver leurs maladies.»


Pour le trentenaire Abdelaali El Badaoui, la question du désert médical s’étend autant dans la ruralité que dans les banlieues. « Pour les premiers, il s’agit d’un souci de mobilité. Pour les seconds, d’un manque de professionnels de santé sur place. En banlieue, de nombreux médecins ont quitté leurs métiers car ils n’ont pas les moyens d’exercer leurs professions correctement. »


Depuis le début de l’épidémie, Banlieue santé a étendu son activité à la fourniture de colis alimentaires de confinement, établis de manière stricte pour respecter les conditions sanitaires. « Le COVID19 n’a fait qu’accentuer des situations déjà présentes. Nous traitons beaucoup de diabétiques, des personnes en hypertension ou les gens isolées et fragiles qui ont peur de sortir de chez eux. Ca nous permet aussi de remonter de l’information pour des besoins d’hospitalisation. Par exemple, une personne âgée était sous alimentée depuis 15 jours car elle a une maladie pulmonaire et avait peur d’aggraver son cas. Quand on n’a pas de famille et qu’on vit seul, cela peut devenir complexe à gérer ! »


Après le succès d’une première campagne de récolte de dons pour les colis alimentaire (lien ici), Banlieue santé a lancé une nouvelle campagne de crowfunding pour des colis médicaux. Très présent en Ile-de-France et Marseille, plusieurs antennes ouvrent un peu partout en France. Et ils n’en sont pas restés là puisqu’ils ont aussi créé une plateforme « enmondeconfiné.org ». « Nous allons par exemple pouvoir mettre par ce biais là, des médecins à distance et des infirmières à domicile pour leur prodiguer des soins ou pour aider les personnes déshydratées. J’essaie par ce biais là, de développer mon idée d’entrepreneur d’intérêt général au service des causes nobles. On expérimente et on découvre des solutions concrètes pour les gens.»


L’interview  à peine terminé, Abdelaali El Badaoui repart  à nouveau. Son marathon n’est pas fini car les demandes affluent en ces temps durs pour nos ainés.

Yassir GUELZIM

Journaliste Print et web au Courrier de l'Atlas depuis 2017. Ancien de RFI, LCI, France Inter. Producteur et réalisateur (Arte Reportage, France24, France tv).