Thaïlande : Rabah récupère sa fille enlevée par sa mère

 Thaïlande : Rabah récupère sa fille enlevée par sa mère

Bien sûr, il y a eu des moments de doute, la peur de ne jamais la revoir. Puis, la bonne nouvelle qui tombe. Après avoir été séparé de Mélissa, pendant près de huit mois, enlevée par sa mère et laissée en Thaïlande chez sa grand-mère maternelle en juillet dernier (voir nos éditions), Rabah Bouaiche a retrouvé avec le plus grand bonheur ce mardi 23 avril sa fille de huit ans à Chiang Kham un petit village au nord de la Thaïlande, à 70 kilomètres de Chiang Rai. Un moment qu’il n’est pas prêt d’oublier.

 

« Jusqu’au bout, j’ai cru que quelque chose allait se passer et que je n’allais pas pouvoir retrouver ma princesse« , témoigne la voix remplie d’émotion auprès du Courrier de L’Atlas, le quasi quinquagénaire, originaire de l’Ile-St-Denis (93). Après quelques secondes d’hésitation, Mélissa est venue enlacer son père. « Elle avait un peu peur c’est normal, ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vu. Je me suis retenu de ne pas pleurer », dit-il la voix étranglée.

 

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Un départ sans retour pour la Thaïlande

Comme nous vous le relations en février dernier, le calvaire de ce papa commence le 20 juillet 2023 quand sa femme, une Thaïlandaise de 33 ans, en vacances chez sa famille, l’appelle pour lui annoncer qu’elle rentrera seule, sans leur fille Mélissa qu’elle a décidé de confier à la grand-mère. Abasourdi, ne comprenant pas cette décision, Rabah tente de lui faire entendre raison. En vain.

« Je ne me suis pas douté une seconde qu’elle allait laisser notre fille à sa mère sinon je n’aurais jamais autorisé son départ. Elle a pris cette décision sans me consulter, me mettant devant le fait accompli, comme si je n’existais pas, » nous confiait alors désespéré Rabah, qui s’occupe ici en France à temps plein de ses parents, tous les deux atteints d’Alzheimer.

 

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Scolarisée à l’Ile Saint Denis

Scolarisée à l’école Paul Langevin de l’Ile-Saint-Denis depuis quatre ans, la rentrée de septembre s’était faite donc sans Mélissa. Un crève-cœur pour son père mais aussi pour les enseignants, étonnés de ne pas voir la bouille de la petite Franco-Thaïlandaise.

« Son père est venu nous voir pour nous raconter ce qui était arrivé. Ça nous a tous choqués, d’autant plus qu’en quatre ans, nous n’avons jamais vu la maman. C’est toujours le papa qui dépose et vient chercher Mélissa à l’école« , racontait au Courrier de L’Atlas l’une des institutrices.

« Ma femme m’a expliqué que Mélissa aurait un meilleur avenir en Thaïlande, qu’elle serait mieux éduquée aux côtés de sa grand-mère. Elle a osé me dire que sans leur fille à leurs côtés, on aurait plus de temps pour travailler, nous racontait encore Rabah. Je lui ai rappelé qu’elle ne s’est jamais occupée de la petite« , raille ce dernier. Le 9 août 2023, Rabah porte plainte pour soustraction de mineurs et rétention hors de France, un délit puni jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende

Saisie de la justice pour la garde

En septembre, sa femme l’appelle pour lui dire qu’elle a changé d’avis et qu’elle accepte de revenir avec Mélissa en France. Rabah propose de venir les chercher. A peine arrivé sur place, à peine le temps d’embrasser sa fille, son épouse revient sur sa décision. Rabah proteste. Menacé par sa belle-famille, il n’a pas d’autre choix que de rentrer bredouille.

Déterminé, il entreprend toutes les démarches nécessaires, avec un seul but : faire revenir Mélissa. Quelques jours plus tard, sa femme débarque en France, se réinstalle dans leur appartement, comme si de rien n’était. Une situation ubuesque. Rabah doit supporter chaque jour celle qui l’a séparée de son enfant.

Alors que Rabah commence à perdre espoir, il obtient une première victoire le 18 janvier dernier, quand le juge des affaires familiales de Bobigny lui octroie la garde exclusive ainsi que la fixation de la résidence de sa fille à son domicile.

Mais la situation va vraiment se débloquer avec le placement en garde à vue de sa femme pendant 48 h, début mars.  Poursuivie pour menaces de mort, soustraction d’enfants et rétention hors de France, elle a été, depuis, placée sous contrôle judiciaire par un magistrat instructeur.

Passeport confisqué, elle a l’obligation de pointer tous les jours au commissariat de Saint-Denis et a l’interdiction d’entrer en contact avec Rabah. Son procès se tiendra à Bobigny début septembre. « Je dois beaucoup à la brigadière chef Mani Fouzia qui n’a rien lâché, et c’est en partie grâce à elle qu’aujourd’hui j’ai pu retrouver Mélissa », tient à rappeler Rabah.

Face à cette pression judiciaire, la belle-famille thaïlandaise accepte de rendre Mélissa. Elle espère ainsi que la maman évitera la prison.

Ce mardi 23 avril, au commissariat local de Chiang Kham, la grand-mère a renoncé à son autorité parentale. Mélissa peut partir librement avec son père. Rabah a prévu de passer quelques jours de vacances avec Mélissa en Thaïlande avant de revenir en France, le temps de « se réhabituer ».

À L’Île-Saint-Denis, Mélissa retrouvera son appartement refait à neuf et son chat qu’elle n’a pas oublié. C’est d’ailleurs la première chose qu’elle a demandé à son père en le voyant aujourd’hui. Elle voulait savoir si Nej allait bien…

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.