La mésaventure d’une étudiante française à la Bourguiba School

 La mésaventure d’une étudiante française à la Bourguiba School

Sophie Pinès


Pour Sophie Pinès, une Française de 32 ans, enseignante en région parisienne, cet énième séjour en Tunisie aura pour longtemps le goût de l'amertume. Arrivée début juillet à Tunis, elle était impatiente de suivre la formation en langue arabe dispensée chaque année dans le très célèbre institut Bourguiba, appelé par les locaux "Bourguiba School".   

 


Un institut qui jouit d'une solide réputation, où des centaines d’adultes venus des quatre coins du monde débarquent chaque été pour suivre les sessions de cours intensifs en arabe.


Les malheurs de Sophie commencent après avoir effectué le paiement du stage par carte bancaire. "Je me suis rapidement aperçue que l'institut avait débité deux fois le montant prévu. Bien sûr, sans mon autorisation", relate-t-elle, toujours aussi remontée.


Sophie alerte dans la foulée les responsables mais ces derniers l'a font "tourner en bourrique". Elle se rend compte également que plusieurs autres étudiants sont dans le même cas qu'elle. "Certains ont même été débités jusqu'à trois fois le prix", assure Sophie. "Le prix du stage s'élève à 945 dinars (soit environ 350 euros) et je ne roule pas sur l'or", tient-elle à préciser.


Baladée de bureau en bureau, elle finit, après près de dix jours de procédures et autant de réclamations, par récupérer la somme débitée en trop. "Pour justifier la lenteur du remboursement, la direction de l'institut m'a indiqué que la personne qui s'occupait des paiements par carte se trouvait au Maroc", peste Sophie. Mais malgré ce premier remboursement, la trentenaire se sent tout de même lésée.


"A cause de ce "double débit", je me suis retrouvée à découvert. Ma banque m'a donc prélevé des frais et c'est avec elle désormais que je dois lutter pour me les faire rembourser, sans compter la facture de téléphone mobile, car j'ai dû effectuer de multiples appels pour les joindre", peste-t-elle.

Sophie en veut également au directeur de l'institut qui, selon elle, n'a eu aucune considération à son égard.  "Ce vendredi (NDLR : 21 juillet), comme il me l'avait demandé, je me suis rendue devant son bureau. J'ai patienté de 8h à 14h pour finalement me rendre compte que le directeur était parti discrètement", fulmine la trentenaire, qui a sollicité le Consulat de France à Tunis afin qu'il intervienne dans ce litige. Elle a été renvoyée vers le service juridique.  


À courir partout pour obtenir réparation, Sophie a surtout perdu une dizaine de jours de cours. Du coup, démotivée, elle veut juste rentrer chez elle. "J'aimerais avant que l'institut me rembourse le coût intégral de ma formation que j'ai à peine commencé et que je n'achèverai pas", rappelant qu'elle n'a pas pu "suivre les cours dans les conditions prévues". "J'ai dû courir, attendre, réclamer et m'énerver chaque jour pour que mon argent me soit rendu", lâche-t-elle excédée.


Cela semble improbable. Le règlement de l'institut stipule "qu'aucun remboursement n'est possible quel que soit le motif". Contactée, la direction de "Bourguiba School" n'a pas donné suite à nos demandes d'interviews.


Le cas de Sophie Pinès n'est pas unique. Sous couvert d'anonymat, d'autres étudiants, toutes nationalités confondues, victimes du même problème, ont fait part de "leur dégoût". Contrairement à Sophie, ils ont préféré rentrer chez eux sans réclamer leur dû.


Sophie, elle, est bien déterminée à ne pas en rester là. "C'est d'abord une affaire de justice pour moi", martèle-t-elle. Soutenue par un avocat tunisien, Sophie Pinès hésite encore à déposer plainte auprès du Procureur de la République de Tunis.


"La Tunisie est un pays magnifique, les gens sont majoritairement accueillants, chaleureux et aimables. Ce n'est pas la première fois que j'y séjourne, ni la dernière. Cette mésaventure me laisse un goût amer, mais comme toute expérience heureuse ou malheureuse elle est riche en enseignements : il faut être prudent quand on va à l'étranger surtout en ce qui concerne l'argent et les moyens de paiement", philosophe en conclusion Sophie.


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.