Tunisie. Les chiens errants : un phénomène dangereux et difficile à gérer

 Tunisie. Les chiens errants : un phénomène dangereux et difficile à gérer

La Tunisie compte des milliers de chiens errants, qui constituent une menace que mettent régulièrementen lumière des faits divers tragiques.

Régulièrement, des faits divers dramatiques attirent l’attention du public sur le phénomène des chiens errants en Tunisie. À Gabès, dans le sud du pays, une collégienne a trouvé la mort dans une attaque de chiens début avril. Les autorités locales peinent à faire face à ce problème, aggravé par une forte prévalence de la rage.

Le parquet de Gabès, dans le sud-est de la Tunisie, a ouvert une enquête vendredi à la suite du décès d’une jeune fille de 16 ans, agressée par des chiens sur le chemin de l’école. Les habitants de cette région agricole s’étaient récemment plaints de la forte augmentation du nombre de chiens errants. Ceux-ci s’en prennent en effet régulièrement au bétail. La prolifération des chiens errants préoccupe la Tunisie.

Mais, les défenseurs des animaux refusent l’abattage systématique que pratiquent la plupart des municipalités pour endiguer le problème. Pourtant, le ministère de l’Agriculture met à disposition un service de vaccination antirabique gratuit. Il s’est ainsi fixé pour objectif de vacciner rapidement 70 à 80 % des chiens de Tunis.

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Il y a urgence. En effet, la jeune Gabésienne n’est pas une victime isolée. Cinq personnes, mordues par des chiens errants, sont décédées de la rage dans le pays en 2021. Sur le Grand Tunis, « la positivité des carnivores errants est de 55 % », selon le ministère.

 

Rage endémique

Ces dernières années, les Tunisiens ont eu recours aux chiens plutôt qu’à de coûteux systèmes d’alarme pour protéger leurs propriétés, explique à l’AFP Nowel Lakech, présidente de l’association de Protection des animaux de Tunisie (PAT). Mais, les abandons sont fréquents, surtout quand les femelles ont des petits. Ainsi, il n’est pas rare pour un passant de se retrouver nez à nez avec une meute de chiens dans la capitale.

La PAT voudrait « une loi obligeant les propriétaires à marquer leurs chiens pour qu’ils ne puissent plus être jetés impunément à la rue ». L’activiste souhaite également que chaque municipalité se dote d’un centre de gestion des chiens errants. Il n’en existe que six dans tout le pays pour le moment.

Ailleurs, c’est par l’abattage que les mairies régulent la population canine. Ces derniers mois, des campagnes sanglantes, à Djerba par exemple, ont entraîné des protestations des défenseurs des animaux sur les réseaux sociaux.

 

Envoyer les chiens à l’étranger

L’association de Nowel Lakech ne ménage pas ses efforts. Dans son refuge de Bouhanach, en banlieue de la capitale, des dizaines de chiens sont hébergés dans l’attente d’une adoption. Le centre a déjà accueilli près de 500 pensionnaires. Parfois, faute de famille adoptive locale, la PAT envoie les chiens à l’étranger avec des « parrains de vol », pendant leur transport.

Vétérinaire au centre de stérilisation-vaccination de Tunis, le Dr Mahmoud Latiri a vacciné plus de 2 500 bêtes en deux ans, essentiellement des chiens, et pratiqué de nombreuses stérilisations. Deux jours par semaine, une équipe du centre parcourt les rues de la capitale à la recherche de chiens errants pour les vacciner et les stériliser. Mais, face à l’ampleur du phénomène, la Tunisie risque d’assister encore régulièrement à des drames impliquant des chiens errants.

Mohamed C.