« Un bicot, ça nage pas » : quatre mois avec sursis requis contre un policier

 « Un bicot, ça nage pas » : quatre mois avec sursis requis contre un policier

Tribunal de Bobigny. Ludovic MARIN / AFP

Le ministère public a requis, jeudi 4 novembre, au tribunal de Bobigny, quatre mois de prison avec sursis contre le policier qui avait proféré des injures racistes lors de l’interpellation de Samir Elgendy en avril 2020 en déclarant qu’« un bicot comme ça, ça ne nage pas ». « Un policier a un devoir d’exemplarité », a fait valoir le procureur Loïc Pageot, qui a aussi réclamé une amende de 1 000 euros.

 

Contre les six autres fonctionnaires de police poursuivis pour des violences sur citation directe de la partie civile, le ministère public n’a pas requis de condamnation, faute de preuve formelle. « Personne n’a vu ce qui s’est passé », a-t-il relevé.

Rappel des Faits. Dans la nuit du 25 au 26 avril 2020, des policiers avaient interpellé Samir E., un Egyptien alors âgé de 27 ans, suspecté d’avoir volé du matériel sur un chantier. Samir E. se serait alors jeté dans la Seine pour tenter d’échapper aux forces de l’ordre. Un habitant de l’Île-Saint-Denis avait filmé depuis sa maison la scène, avant de l’envoyer à la rédaction du Courrier de l’Atlas.

Dans la vidéo, deux phrases lâchées par le policier avaient choqué à juste titre l’opinion publique : « Un bicot comme ça, ça nage pas ! » entend-on, puis « Ha ! ha ! ça coule, tu aurais dû lui accrocher un boulet au pied ».

Samir Elgendy est par la suite emmené dans le fourgon de police. La caméra tourne toujours et même s’il n’est plus possible de voir ce qu’il se passe, on distingue des bruits semblables à des coups, des cris du jeune homme mêlé aux rires des policiers.

Une enquête avait été alors ouverte par l’IGPN pour injures à caractère raciste et violences par personne dépositaire de l’autorité publique, aboutissant à la suspension pendant trois jours du fonctionnaire visé.

« J’allais mourir », a expliqué Samir Elgendy à la barre, aidé d’une interprète. Ce dernier a expliqué être sorti « seul de l’eau ». Une fois sur la berge, « ils m’ont tous frappé », a martelé le jeune homme. Les violences se sont poursuivies « dans le fourgon » et « tout au long du chemin pour aller au commissariat », a affirmé l’ouvrier dans le BTP, âgé aujourd’hui de 29 ans.

C’est « une blague de mauvais goût », s’est défendu le fonctionnaire de police qui a usé du terme « bicot ». « J’avais besoin de décompresser et faire marrer la galerie », a déclaré le policier de 26 ans, qui fait partie des effectifs de nuit de la Direction territoriale de la sécurité publique des Hauts-de-Seine.

Quatre associations antiracistes (Licra, MRAP, LDH, SOS Racisme) se sont portées parties civiles dans cette affaire. Les sept policiers poursuivis, âgés entre 26 et 35 ans, ont tous réfuté des violences à l’égard de Samir Elgendy. Deux des policiers ont été sanctionnés administrativement en octobre par cinq jours d’exclusion ferme.

Le tribunal rendra son verdict en janvier 2022.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.