Le Tennis club de La Négresse va-t-il changer de nom ?

 Le Tennis club de La Négresse va-t-il changer de nom ?


Depuis que la fondatrice de l'association Zonzon 93 Laetitia Nonone a découvert, en février 2019, le nom du club de tennis d’Aulnay-Sous-Bois, elle se bat pour que l’appellation « Tennis de La Négresse » soit changée. 


Elle a obtenu une première victoire, il y a quelques semaines, la mairie d’Aulnay-Sous-Bois a décidé de masquer les panneaux directionnels présents aux différents carrefours, indiquant la direction à prendre pour se rendre au « tennis de La Négresse ». 



Tout commence en février 2019.  Laetitia Nonone dépose une des adhérentes de son association à Aulnay-Sous-Bois, près du club de tennis. « Je ne croyais pas mes yeux. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment on peut laisser encore aujourd’hui un tel nom. Le terme « Négresse » fait référence à l'esclavagisme et à la servitude », s’indigne la jeune femme. 


C’est un café qui est à l'origine de ce nom. La maison existe toujours, elle est désormais occupée par un restaurant indien. Dans les années 1930, elle devient le « café de la Négresse ». Les témoins de l'époque affirment qu'on surnommait ainsi l'établissement parce qu'il abritait une serveuse auvergnate, dotée d'un teint très mat. Le café des Cinq routes devient alors le carrefour de la Négresse. Il faut attendre 2014 pour que la mairie le renomme carrefour des Droits de l'Homme mais le nom du club de tennis reste à l'identique. 


En découvrant l’appellation en février 2019, Laetitia Nonone publie sur les réseaux sociaux plusieurs photos, avant de multiplier les démarches. Un courrier est envoyé au maire LR de la ville, Bruno Beschizza, où Laetitia Nonone rappelle au premier édile que le mot « négresse ne peut plus être banalisé aujourd’hui tant il contient les souvenirs atroces et les déchirements intérieurs des concitoyens qui luttent quotidiennement face à ces résidus sémantiques dévalorisants ».


Elle demande également un rendez-vous avec le maire. Des demandes « restées sans réponse », comme l’affirme la responsable associative. Il faut attendre un an et demi, « juste parce que les municipales arrivent » raille la jeune femme, pour que Franck Cannarozzo, le maire adjoint, donne signe de vie. « Pour le club, je vous l'ai dit, la Ville n'a pas le pouvoir de décider à sa place. Il a un conseil d'administration et c'est lui qui doit décider », écrit-t-il en commentaire au dessous d’une publication Facebook.  


Contactés par Laetitia Nonone, les responsables du club de « Tennis de La Négresse » ont promis d’interroger ses membres pour statuer sur cette appellation polémique lors de leur assemblée générale annuelle qui aura lieu en juin prochain. « On n'est donc même pas certain que le nom change ! Et puis, j’espérais qu’il convoquerait une assemblée générale extraordinaire ! C’est bien la preuve que pour eux ce n’est pas une affaire urgente », regrette en conclusion Laetitia Nonone.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.