La résistance par l’assiette

 La résistance par l’assiette

Home cooking / Rania – Facebook : https://www.facebook.com/LesPtitsPlatsPalestiniensDeRania/ – Site : https://lesptitsplatspalestiniensderania.wordpress.com/. Crédit photo : Gérard Pauchet


Depuis ce vendredi 3 février 2017, Rania, française de parents palestiniens, n'enseigne plus au collège de Drancy (93). Mais c'est son choix. Cette trentenaire, née à Paris, qui habite Saint-Denis depuis trois ans, a décidé de tout lâcher pour aller au bout de ses rêves et de ses envies. Un choix plus que courageux pour cette maman qui élève seule ses trois enfants.


Rania veut faire connaître au plus grand nombre la cuisine palestinienne en proposant des plats aux particuliers. En mode traiteur donc. Rania se déplace pour tous types d'événements : mariages, anniversaires, soirées à domicile… Mais elle organise aussi des ateliers cuisine


"Je propose mes services mais je partage aussi mes recettes. Parce que le partage de la cuisine palestinienne est importante. Surtout dans le monde francophone où elle est quasi inexistante",  insiste Rania. 


D'ailleurs, son site (https://lesptitsplatspalestiniensderania.wordpress.com/) est le seul à ce jour en langue française dédié à la cuisine palestinienne.


Comme Rania n'a pas de local, elle prépare tous les plats de chez elle. "Ça demande une organisation un peu spéciale mais pour l'instant, je m'en sors bien", détaille la jeune femme.


"Ce n'est pas qu'un moyen de gagner sa vie, tient-t-elle à préciser d'emblée. C'est surtout un acte militant, une suite logique à mes engagements pour une Palestine libre", clame-t-elle.


Rania est née dans le 14 ème arrondissement. Elle a grandi à Montmartre, entre Barbes et la station Anvers. "Je me suis toujours sentie profondément palestinienne. Gamine, j'allais aux manifs avec mes parents". Son père, couturier-tailleur, vient de Jaffa, sa mère, assistante maternelle, est de Jérusalem. Une partie de la famille de Rania est originaire d'un camp de réfugiés en Jordanie. 


"Faire découvrir la nourriture palestinienne est un autre moyen de parler de mon pays, de ma famille, surtout depuis que ma grand-mère est morte", dit-t-elle encore.


Sa grand-mère justement, Rania se rappelle encore très bien d'elle. Gamine, elle était toujours fourrée dans ses jupes. "Je la regardais émerveillée préparer les repas. C'est elle, entre autre, qui m'a appris à cuisiner. En fait, c'est aussi grâce à toutes les femmes de ma vie, à savoir, ma mère, mes tantes, mes cousines…".


Le déclic pour Rania a lieu en Jordanie où elle part vivre. Un voyage de sept ans, entre  2006 et 2013, qui la rapproche encore plus de sa culture palestinienne. "Là-bas, la vie est rythmée par la nourriture. Pour chaque événement, nous avons un plat particulier. Pour les mariages, comme pour les enterrements, pour le ramadan ou pour l'Aïd. Le vendredi est un jour spécial, même si on s'engueule, on se réunit toujours autour d'un repas". 


De retour à Paris, Rania se rend compte que la capitale ne compte  aucun restaurant palestinien. "Pour lutter contre l'oubli, il est important de parler autant que possible de notre culture. La nourriture en fait partie : il s'agit de notre héritage", martèle-t-elle. 


Rania commence alors à publier sur sa page Facebook des photos de plats qu'elle a concoctés. La sauce prend et Rania décide alors de créer une page pour proposer ses services. Du home cooking. Nous sommes en juillet 2015. Le bouche à oreille et les encouragements font le reste. 


"Comme ça marchait pas mal, j'ai franchi le pas et j'ai décidé de faire de ma passion, un vrai métier", balance-t-elle heureuse. 


"Pour lutter, certains ont choisi le cinéma, la peinture, ou la littérature, moi j'ai choisi la cuisine", lâche-t-elle. "La résistance dans l'assiette", comme aime le répéter Rania.


"Surtout à un moment où nos plats sont de plus en plus accaparés par les Israéliens", continue Rania. "Ils font croire que le hummus, le falafel, ou le makloubeh (riz renversé à la viande ou au poulet avec des aubergines et des pommes de terre) sont des plats de chez eux alors qu'ils viennent de chez nous !", rappelle avec fierté Rania.


Au retour des vacances, la jeune femme n'ira donc plus dans son collège où elle aimait tant enseigner l'anglais à ses élèves. Rania sait qu'elle prend des risques avec cette nouvelle aventure.


"Ça n'est jamais simple de changer de route, admet-elle, mais si je ne le fais pas maintenant je ne le ferai jamais" répète – elle de sa voix douce, presque pour se persuader qu'elle a pris la bonne décision. "En plus, c'est pour la bonne cause", dit- elle avec évidence.


Ses trois enfants, toujours fourrés avec elle dans la cuisine et qui sont déjà prêts à prendre la relève, ne diront pas le contraire…


Nadir Dendoune


Pour joindre Rania, en plus du site, voici sa page Facebook : https://www.facebook.com/LesPtitsPlatsPalestiniensDeRania/

Et son Instagram : les_ptits_plats_palestiniens


 

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.