Loi contre le séparatisme : Colère des militants communistes face à l’abstention de certains de leurs députés 

 Loi contre le séparatisme : Colère des militants communistes face à l’abstention de certains de leurs députés 

Vote des députés du groupe Gauche démocrate et républicaine concernant le projet de loi « confortant le respect des principes de la République », ce 17 février 2021 à l’Assemblée nationale. XOSÉ BOUZAS / HANS LUCAS / AFP

Des militants communistes interloqués après le vote de certains de leurs députés. Sans surprise, après deux semaines de débats, l’Assemblée nationale a adopté ce mardi 16 février en première lecture le projet de loi « confortant le respect des principes de la République », (en vérité il s’agit d’un projet de loi contre le « séparatisme » islamiste), à 347 voix pour et 151 contre, et 65 abstentions. Il sera examiné par le Sénat à partir du mardi 30 mars.

 

Le groupe Gauche démocrate et républicaine qui rassemble beaucoup de communistes s’est majoritairement abstenu, (1 pour, 7 contre et 8 abstentions) provoquant la déception, mais aussi la colère et surtout l’incompréhension de nombreux militants.

« C’est quoi ce vote ? Seul le vote Contre s’impose pour dire non à cette loi », s’interroge Alain. « Pourquoi vous vous êtes abstenus ? Les communistes doivent avoir une réponse ! C’est une honte et un non-sens ! », peste de son côté André. Comme lui, ils sont nombreux à demander des explications à leurs députés.

>> Lire aussi : Une tribune qui dénonce le séparatisme de la loi “séparatisme”

Stéphane Peu, député communiste de Seine-Saint-Denis a été l’un des rares à s’expliquer sur vote. Il s’est abstenu. « Le projet de loi visant à conforter les principes de la République, ne tient finalement aucune des promesses faites par le discours d’Emmanuel Macron aux Mureaux, qui pointait pour une fois et à juste titre le séparatisme social dont sont victimes tant de nos quartiers. Tout au long des débats et jusqu’au vote, je n’ai cessé d’exprimer nos inquiétudes sur un texte en décalage avec l’esprit de liberté de la loi de 1905, un texte profondément déséquilibré oublieux de la phrase de Jaurès : « La République sera laïque si elle sait rester sociale » », a écrit le parlementaire sur sa page Facebook, précisant par la suite que son choix de l’abstention avait été motivé par les « quelques avancées » du texte. Des explications qui ont eu du mal à convaincre parmi ses rangs.

>> Lire aussi : TRIBUNE DE LA DIGNITÉ

Sur sa page Facebook, la journaliste de l’Humanité Rosa Moussaoui a regretté ces votes. Elle aurait aimé «voir la gauche unanime sur le rejet d’un projet de loi désignant dans le peuple de France des ennemis de l’intérieur», rappelant qu’on « ne lutte pas contre l’obscurantisme par la restriction des libertés et la stigmatisation d’une partie de la population…». «Tout dans les explications de vote données par Stéphane Peu aurait logiquement dû conduire à un vote contre… », a-t-elle argumenté encore.

Gilliane se demande, elle, quelles « sont les valeurs de ces abstentionnistes ? Comment ne pas voter contre ce projet et se déclarer communiste ! », questionne-t-elle.

Laurence va dans son sens : « Que reste-t-il de communiste ? Que reste-t-il d’internationaliste ? Que reste-t-il de conscience de classe ? Que reste-t-il d’humain ? D’abord ! A quel niveau l’esprit des élus a été perverti, au point de ne pouvoir voter NON à une opération de division raciste ? », se demande-t-elle.

Quelques rares soutiens, tout de même, parmi les militants communistes, comme Cecilien qui se félicite du vote. « Bravo aux élus PCF qui se sont abstenus, cela permet de montrer qu’ils voient la réalité en face sur les problèmes de communautarismes, tant en prouvant qu’il ne sont pas dupes sur la réalité politique de cette loi ». 

>> Lire aussi : “Séparatisme” : un débat plutôt calme à l’Assemblée nationale

 

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.