Mohamed Metalsi : « Tanger Med est un géant de la mer »

 Mohamed Metalsi : « Tanger Med est un géant de la mer »

Crédit photos : Mohamed Metalsi / Facebook et AFP

Ancien directeur des affaires culturelles à l’Institut du Monde Arabe et ancien doyen de la Faculté Euromed de Fès, Mohamed Metalsi est l’auteur de plusieurs livres sur la région du Nord du Maroc. A l’occasion du 70ème anniversaire de la Maison du Maroc, il revient sur le rôle de Tanger Med et son apport au Royaume.

 

Le Courrier de l’Atlas : Quelles relations entretient le Maroc avec la mer qui l’entoure ?

Mohamed Metalsi : Le Maroc a tourné le dos à la mer depuis des siècles. Il s’agissait juste d’un lieu de passage. Le Royaume n’a pas utilisé cet atout comme un facteur d’épanouissement. Toutes les monarchies ou empires marocains ont développé leurs territoires vers l’intérieur, vers les terres. A l’inverse, l’Espagne, le Portugal ou les Pays-Bas y ont vu un terrain d’échanges, de prospérité et de richesses. Or, avec ses 3600 kilomètres de littoral, la mer est une aubaine pour le pays. L’emplacement du Maroc au nord-ouest de l’Afrique, à quelques encablures de l’Espagne, permet aussi d’avoir une position stratégique.

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Le Courrier de l’Atlas : En quoi le port de Tanger-Med a changé la donne pour le Maroc ?

Mohamed Metalsi : Une grande partie de la richesse du monde passe par le détroit de Gibraltar. Depuis l’indépendance, le flux de pétrole, de marchandises, etc., passait devant nos yeux sans que nous intervenions, constituant une mondialisation incroyable. Depuis la création du port, le Royaume s’arrime à cette mondialisation. Actuellement, il est classé 22ème dans le monde. L’exploitation de Tanger-Med I et II a fait venir toutes les multinationales de transbordage de marchandises. Ultramoderne, il fait 9  kilomètres de longueur dorénavant, a créé des milliers d’emplois et une zone franche importante. Une partie de la richesse est captée par le Maroc et notamment le nord du pays (Tanger, Tetouan, Ksar Sghir, etc..). Il s’agit d’une révolution du territoire qui constitue une modernité indiscutable.

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Le Courrier de l’Atlas : Quel rôle joue Tanger Med pour la Méditerranée ?

Mohamed Metalsi : Le flux passant par le détroit de Gibraltar est gigantesque. De nombreux bateaux aux tailles importantes n’ont pas assez d’espaces pour aller en Méditerranée. Bien qu’important, le port d’Algésiras n’a plus d’espace pour accueillir tous les navires. Le Maroc a su profiter de l’occasion. La majorité des bateaux déposent leurs marchandises à Tanger où il y a plus d’espaces avant que d’autres embarcations viennent les chercher à cet endroit. Cela crée indéniablement de la richesse et fait de Tanger Med un géant de la mer.

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Le Courrier de l’Atlas : Le Maroc développe de plus en plus sa politique maritime que ce soit avec les ports de Dakhla ou de Nador. Comment voyez-vous l’avenir de ces ports ?

Mohamed Metalsi : Tanger Med a donné un exemple flagrant au gouvernement du Maroc. Les ports font partie du développement du pays. Sans avoir la même position stratégique que Tanger, Dakhla et Nador peuvent changer le territoire et l’intérieur de ces régions. Lorsqu’un port voit le jour, un impact considérable est observé sur l’arrière pays.

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Yassir Guelzim

Yassir GUELZIM

Journaliste, auteur et réalisateur, Yassir Guelzim évolue depuis plus de vingt-cinq ans entre presse écrite, radio, télévision et documentaire. La constante de son parcours : décrypter les dynamiques politiques, les sociétés en mouvement et les fractures du monde contemporain.Collaborateur du courrier de l'atlas depuis 2017, il a également travaillé en tant que journaliste à LCI pendant près de quinze ans mais aussi France 3, RMC Moyen-Orient–RFI, France Inter et France Culture, couvrant notamment les élections marocaines de 2002 et de nombreux enjeux liés au monde arabe et à l’espace méditerranéen.Son travail s’est progressivement étendu à l’écriture et à la réalisation documentaire. Co-auteur et co-réalisateur de L’Archipel des Français Libres (France 5, 2021), il explore les mémoires maritimes et les trajectoires méconnues de l’histoire française. L’ouvrage tiré du film reçoit une mention du jury du Prix Étienne Taillemite en 2023. En 2024, il signe également La Prohibition Américaine, une aubaine française, diffusé sur France 5 dont un ouvrage aux éditions Mon Autre France sortira en octobre 2026.Fondateur de la société Mediterranean Press TV News Production, qu’il dirige pendant dix ans, il produit des reportages et documentaires diffusés sur Arte, France 24, Al Jazeera ou Sky News Arabic.Diplômé du département de Sciences Politiques de Paris La Sorbonne et de l'Université de sciences économiques de Montpellier I, Yassir Guelzim conjugue regard analytique, rapport économique et exigence narrative. Spécialisé sur l'économie, il peut aussi traiter de questions politiques, géopolitiques ou sociétales. Ses articles et interviews interrogent les rapports de pouvoir, les identités politiques et les mutations géopolitiques, avec une attention particulière portée sur le Maroc, l'Afrique, le Proche-Orient et les sociétés méditerranéennes.