La médecine 4.0, révolution silencieuse du soin par le numérique

 La médecine 4.0, révolution silencieuse du soin par le numérique

crédit photo : Pillqare

Du bloc opératoire robotisé aux objets connectés, la médecine 4.0, portée par la santé numérique et l’intelligence artificielle en santé, bouleverse les pratiques médicales. Un marché mondial en pleine explosion qui pourrait atteindre 800 milliards d’euros d’ici 2030.

À retenir :

  • Le marché pourrait atteindre 800 milliards d’euros d’ici 2030
  • Les objets connectés santé permettent un suivi en temps réel des patients
  • Des innovations comme Pillqare améliorent l’observance thérapeutique
  • Le Maroc s’impose comme un acteur émergent de la santé numérique

« C’est comme si j’étais à côté de mon patient.” Le 25 août dernier, au journal télévisé de 20 heures sur TF1, le Dr Youness Ahallal expliquait comment il avait opéré une prostate à l’aide d’un robot, à plus de 300 kilomètres de son patient resté à Tanger. Et cette prouesse n’est qu’une partie émergée de l’iceberg des transformations en cours dans la santé numérique et l’innovation médicale.

Depuis que la technologie s’est invitée dans le monde médical, on parle désormais de “médecine 4.0”: un univers de e-santé où le praticien utilise des outils connectés, analyse des données massives et améliore les soins grâce à l’intelligence artificielle en santé. Afin, aussi, de mieux prédire et prévenir les complications.

A Bouskoura, par exemple, le laboratoire pharmaceutique Pharma 5 a inauguré en mars 2023 l’usine Smart Factory, illustration concrète de l’innovation médicale et de la santé numérique, qui lui permet de vérifier 100 % des boîtes de médicaments produites et de surveiller l’usure de ses machines-outils grâce à l’IA.

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Médecine 4.0 : des patients de plus en plus connectés

En effet, le marché mondial de la santé numérique pesait déjà 240 milliards d’euros en 2024. Il pourrait atteindre 800 milliards d’euros en 2030. Par ailleurs, la révolution s’opère aussi dans la relation médecin-patient: la télémédecine représente aujourd’hui 112 milliards d’euros et devrait tripler d’ici à 2031. En France, près de 14 millions de téléconsultations en télémédecine ont été remboursées. Les patients ne sont pas réticents à l’expérimenter: près d’un adulte sur dix a déjà “téléconsulté” au moins une fois en 2023.

La dématérialisation et la multiplication des objets connectés santé ont profondément transformé le paysage médical. Montres, bracelets et capteurs en sont les principaux exemples. Au sein de l’AI Lab de l’Ecole polytechnique d’Agadir, les chercheurs travaillent déjà sur les applications futures de l’Internet des objets (IoT). Ces recherches s’inscrivent dans la santé numérique et l’intelligence artificielle en santé. Les collaborations entre la faculté de médecine et les ingénieurs ont permis le dépôt de plusieurs brevets. Parmi eux : des respirateurs intelligents capables d’adapter automatiquement la quantité d’oxygène administrée et d’alerter le corps médical en cas d’anomalie, ou encore une perceuse chirurgicale de haute précision permettant d’éviter la fracture de l’os ou de la mèche, et de faciliter certaines opérations à distance.

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Pourquoi l’observance thérapeutique est-elle un enjeu majeur ?

Dans cette même dynamique de e-santé et d’innovation médicale, deux entrepreneurs installés à Station F, à Paris, se sont lancés dans l’aventure : Lamia et Safir Hanafi. On leur devait déjà Lok-iz, une start-up (revendue depuis) spécialisée dans la collecte de données pour les agences immobilières, ainsi que la French-Moroccan Touch, un réseau d’entraide numérique pour les Franco-Marocains.

Leur incursion dans la médecine 4.0 est née d’un constat personnel de Safir: “J’appelais souvent mon père pour lui rappeler de prendre ses médicaments pour son diabète. Je me suis rendu compte qu’il les prenait mal, voire pas du tout. En cas d’oubli, il doublait la dose, ce qui a eu une incidence sur son œil gauche. Cela relevait d’une mauvaise observance thérapeutique.

En France, la mauvaise observance représente 15 000 décès et 200 000 hospitalisations par an, un enjeu majeur pour la santé numérique. Son coût pour l’Etat est estimé à 4 milliards d’euros. A l’échelle européenne, on parle de 200 000 décès.

“Je voulais créer un pilulier que je pourrais suivre à distance et obtenir un rapport complet sur la prise de médicaments. L’idée a mûri pendant près de deux ans avec Lamia, et il nous a fallu six mois supplémentaires pour finaliser le brevet matériel.”

Comment fonctionne le pilulier intelligent Pillqare ?

Désormais présent dans des cliniques et hôpitaux en France, en Suisse et dans le Benelux, le pilulier intelligent Pillqare est devenu une réalité.

Avec son design soigné, Pillqare n’est pas un simple gadget technologique. Doté d’une batterie offrant quatre jours d’autonomie, il fonctionne via Wi-Fi ou 5G. Sur son écran s’affiche le taux d’observance thérapeutique. Au moment de la prise, l’appareil passe au vert. Sans pression sur un bouton, le médicament n’est pas délivré. En cas de retard de dix minutes, le pilulier devient orange et une alerte SMS est envoyée aux proches et aux soignants. Si l’alerte reste sans effet, il passe au rouge et le patient reçoit un appel d’une assistante IA.

Nous avons cloné des voix qui peuvent être celles d’un membre de la famille ou bien d’un proche, explique Safir Hanafi. L’assistante IA est capable de détecter les émotions. Si elle perçoit que le patient est fatigué, somnolent ou stressé, elle réagit en conséquence et alerte le professionnel de santé.

Cependant, comme toute innovation, Pillqare a d’abord suscité des craintes chez certains infirmiers. Mais rapidement, ils ont compris l’intérêt de cet outil. Une fois le pilulier rempli, le personnel peut suivre des centaines de patients et être alerté en cas de non-prise. Le milieu hospitalier a d’ailleurs été le premier à adopter la solution.

Le succès de l’appareil a même conduit Safir Hanafi à participer à l’émission “Qui veut devenir mon associé ?” sur M6.

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Médecine 4.0 : le Maroc en pointe sur la santé numérique

Pour accélérer son développement, Safir Hanafi, à la tête d’une équipe de 12 collaborateurs répartis entre le Maroc et la France, prépare une importante levée de fonds. Elle devrait réunir investisseurs financiers et laboratoires pharmaceutiques. “Je ne viens pas du milieu médical, explique-t-il. Je suis un entrepreneur qui identifie des problématiques et aime y apporter des solutions. Nous apportons le ‘dernier chaînon manquant’ : des données que les pharmaciens n’avaient pas. Ils peuvent désormais vérifier le respect des posologies, remplir les piluliers aux doses exactes et éviter les pertes de médicaments, qui ont un impact environnemental.”

La solution de Safir Hanafi demeure qu’un avant-goût des transformations à venir sur le continent africain, avec le Maroc en chef de file. “L’avantage de cette médecine, c’est qu’elle s’ouvre au monde entier. On verra émerger des start-up à Casablanca, Douala ou encore Abidjan. Elles saisiront les opportunités de la télémédecine et de l’intelligence artificielle en santé. Cependant, il faudra toujours un médecin pour un patient. L’objectif n’est pas d’avoir des patients connectés, mais des patients éclairés.” La révolution du soin n’est plus à venir : elle est déjà en cours.

Médecine 4.0 : Le robot japonais Hinotori est capable de reproduire les mouvements précis du chirurgien. (crédit photo : Naoki Maeda/The Yomiuri Shimbun via AFP)
Le robot japonais Hinotori est capable de reproduire les mouvements précis du chirurgien. (crédit photo : Naoki Maeda/The Yomiuri Shimbun via AFP)

FAQ :

La médecine 4.0 remplace-t-elle les médecins ?
Non. Elle assiste les professionnels de santé en améliorant le diagnostic et le suivi, mais ne remplace pas la relation humaine.

Pourquoi la télémédecine se développe-t-elle autant ?
Parce qu’elle facilite l’accès aux soins, réduit les déplacements et permet un suivi plus régulier des patients.

Quels sont les avantages des objets connectés santé ?
Ils permettent un suivi en temps réel, une meilleure prévention et une détection plus rapide des anomalies.