CINEMA. Le jeune garçon et la mer

Scène du film The Sea de Shai Carmeli-Pollak : un enfant palestinien confronté à un checkpoint en Cisjordanie ou contemplant la mer, dans un récit sur l’impossible accès au littoral. © MaâtMov
Soixante kilomètres seulement séparent Ramallah de la mer. Pour Khaled, ils représentent un monde interdit. Dans The Sea, son rêve le plus simple se heurte à l’absurdité d’un checkpoint. Un premier film de Shai Carmeli-Pollak qui signe ici une odyssée intime face à l’occupation israélienne. En salles le 9 septembre.
C’est l’histoire d’un enfant qui voulait voir la mer. Elle n’est pas si loin de là où il habite. Soixante kilomètres environ. Sauf que cet enfant s’appelle Khaled et qu’il habite Ramallah, en Cisjordanie occupée.
Le professeur a prévu une sortie scolaire. Et le jour J tous les collégiens sont passablement excités. Mais au check-point, pour des raisons mystérieuses, l’autorisation de Khaled est refusée. Il ne peut pas passer. Il avait pourtant tout préparé, surtout son masque de plongée.
Tandis que ses camarades poursuivent leur périple vers la grande bleue, c’est le retour à la case départ pour Khaled. Khaled et sa frustration, sa colère sourde mais aussi son chagrin et son deuil d’une maman décédée trop tôt.
On l’apprend dans un émouvant dialogue avec sa grand-mère. Il l’interroge : « As-tu déjà vu la mer ? » Elle répond qu’elle n’y est allée qu’une seule fois, elle était déjà vieille. «J’y suis allée avec ta mère, que Dieu ait son âme, quand elle était enceinte de toi ».
Comme il a un besoin impossible à rassasier d’être (auto)consolé, il en déduit, qu’il a lui aussi, finalement, déjà été à la mer quand il était dans le ventre de sa mère… Un peu par procuration.
Il n’empêche. L’appel du large est irrésistible. Et le lendemain dès l’aube, il ne peut s’empêcher de partir. Sans prévenir. Et c’est là que le réalisateur, Shai Carmeli-Pollak, documentariste, qui signe avec The Sea sa première fiction donne toute la mesure de son talent.
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Un film qui dérange en Israël
Mine de rien, il nous montre l’envers d’Israël : les ouvriers palestiniens, l’indifférence, seulement brisée par l’empathie sincère d’une ancienne collègue de son père, croisée alors qu’il cherche son fils, l’interdiction et la peur de se déplacer… ainsi que le regard que pose Khaled sur tout ça.
Un rôle peu prolixe, tout en économie de mots. Le regard suffit amplement. Si amplement qu’il a valu au jeune acteur Mohammad Ghazaoui une distinction lors de la cérémonie des Ophir (l’équivalent des César), en septembre dernier, où il devint le plus jeune récipiendaire jamais récompensé.
Le film y a d’ailleurs récolté cinq prix en tout au plus grand dam du ministre israélien de la Culture qui a réagi en coupant les subventions à ces récompenses.
La fin de ce long-métrage ? On ne va pas la divulgâcher. Elle est poignante.
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The Sea de Shai Carmeli-Pollaki, 93 minutes, 2025
